Plan Loup : extension des pouvoirs de suspension des tirs du préfet coordonnateur
Plan Loup : extension des pouvoirs de suspension des tirs du préfet coordonnateur Pollutions, Risques et Nuisances Rural.
Le Plan Loup est une stratégie mise en place par l’État français pour encadrer la protection du loup (Canis lupus) tout en limitant les conflits avec les éleveurs. Ce plan, révisé régulièrement, vise à concilier la conservation de cette espèce protégée par la réglementation européenne et les impératifs économiques des activités pastorales, notamment l’élevage ovin et caprin. En France, la population de loups est estimée à environ 1 000 individus en 2023, répartis principalement dans les Alpes, les Pyrénées et le Massif central. Le préfet coordonnateur, autorité administrative désignée pour superviser ce plan, joue un rôle central dans sa mise en œuvre, notamment en autorisant ou en suspendant les tirs de prélèvement de loups pour protéger les troupeaux.
Une modification récente du Plan Loup élargit les pouvoirs du préfet coordonnateur en matière de suspension des tirs de loups. Jusqu’à présent, ce dernier pouvait suspendre temporairement ces tirs en cas de risque pour les troupeaux ou pour évaluer l’impact écologique des prélèvements. Désormais, cette suspension peut être décidée de manière plus systématique et proactive, sans attendre une crise spécifique. Cette mesure s’inscrit dans une logique de gestion adaptative, où les décisions sont prises en fonction de données scientifiques et de retours terrain. L’objectif est d’éviter un déséquilibre démographique de la population lupine tout en répondant aux besoins des éleveurs, qui subissent chaque année des pertes estimées à plusieurs millions d’euros en raison des attaques de loups.
La réforme vise trois objectifs principaux : renforcer la protection des troupeaux, limiter les tensions entre éleveurs et défenseurs de l’environnement, et garantir le respect des engagements internationaux de la France en matière de biodiversité. En 2022, plus de 12 000 attaques de loups ont été recensées, causant un préjudice économique estimé à 25 millions d’euros pour les éleveurs. La suspension systématique des tirs permet de mieux évaluer l’efficacité des mesures de protection des troupeaux (chiens de protection, clôtures, etc.) avant d’autoriser de nouveaux prélèvements. Cette approche s’appuie sur des données scientifiques, comme les recommandations de l’Office français de la biodiversité (OFB), qui souligne l’importance de préserver la viabilité à long terme de la population lupine.
Cette extension des pouvoirs du préfet a suscité des réactions contrastées. Les associations de protection de la nature, comme Ferus ou Loup France, expriment des craintes quant à un possible affaiblissement des mesures de régulation de la population lupine, déjà fragilisée par des décennies de persécutions. À l’inverse, les représentants des éleveurs, regroupés au sein de la Fédération nationale ovine (FNO), saluent une avancée majeure pour sécuriser leurs activités. Les scientifiques, quant à eux, soulignent la nécessité d’un équilibre entre conservation et gestion des conflits, rappelant que le loup est une espèce strictement protégée par la directive Habitats de l’Union européenne, qui impose aux États membres de maintenir un état de conservation favorable.
La réforme entrera en vigueur dès la publication des textes réglementaires, prévue pour le second semestre 2024. Le préfet coordonnateur devra publier des arrêtés précisant les critères de suspension des tirs, en collaboration avec l’OFB et les préfets des départements concernés. Ces critères incluront des indicateurs démographiques (taille de la population lupine, taux de reproduction) et des données sur les attaques de loups. Une évaluation annuelle sera réalisée pour ajuster les mesures en fonction des résultats obtenus. Cette approche s’inscrit dans une logique de *gestion adaptative*, où les décisions sont révisées en fonction de l’évolution des populations et des retours d’expérience.

