Votre nettoyant parfumé préféré pourrait bien remplir l'air de polluants invisibles
On associe l’odeur de citron ou de pin à un intérieur sain. Pourtant, ces fragrances ne se contentent pas de sentir bon.
Les produits ménagers parfumés, comme les nettoyants pour sols, les désodorisants ou les sprays d’ambiance, contiennent souvent des composés organiques volatils (COV). Ces substances, invisibles à l’œil nu, s’évaporent dans l’air ambiant lors de leur utilisation. Parmi les COV les plus courants, on trouve le limonène (un terpène présent dans les agrumes), le linalol (un alcool utilisé pour ses propriétés odorantes) ou encore des aldéhydes. Ces molécules sont ajoutées pour donner une odeur fraîche ou florale aux produits, mais elles peuvent réagir chimiquement avec d’autres polluants de l’air intérieur, comme l’ozone, pour former de nouveaux composés potentiellement nocifs.
Lorsque les COV des produits ménagers entrent en contact avec l’ozone, un gaz présent naturellement dans l’air ou généré par des appareils électriques (comme les imprimantes ou les photocopieuses), une réaction chimique se produit. Cette réaction peut produire des composés organiques secondaires (COS), dont certains sont classés comme irritants, toxiques ou cancérigènes. Par exemple, le formaldéhyde, un COS connu pour ses effets irritants sur les voies respiratoires et classé comme cancérigène par l’Organisation mondiale de la santé (OMS), peut ainsi se former dans l’air intérieur. Ces réactions sont particulièrement fréquentes dans les logements mal ventilés.
L’exposition prolongée à ces polluants invisibles peut avoir des conséquences sur la santé, notamment des irritations des yeux, du nez ou de la gorge, des maux de tête, ou encore une aggravation de symptômes chez les personnes souffrant d’asthme ou d’allergies. Selon une étude récente, jusqu’à 30 % des produits ménagers parfumés testés en laboratoire ont généré des COS en quantité suffisante pour dépasser les seuils recommandés par les agences sanitaires. Les enfants, les personnes âgées et les individus sensibles sont particulièrement vulnérables à ces polluants. Les symptômes peuvent apparaître rapidement après l’utilisation du produit, mais aussi de manière retardée.
En Europe, la réglementation sur les COV dans les produits ménagers est encadrée par des directives strictes, comme la directive 2004/42/CE, qui limite les émissions de certains polluants. Cependant, ces règles ne couvrent pas tous les COS potentiellement dangereux formés après utilisation. Pour réduire l’exposition, les experts recommandent d’aérer les pièces pendant et après le nettoyage, d’utiliser des produits labellisés Écolabel ou A+ (qui garantissent des émissions réduites de COV), ou encore de privilégier des méthodes de nettoyage mécaniques (comme le balayage humide) plutôt que chimiques. Certaines marques proposent désormais des alternatives sans parfum ni COV, mais elles restent minoritaires sur le marché.
Une étude publiée en 2026 par des chercheurs de l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm) a analysé la composition de l’air intérieur dans 1 200 foyers français. Les résultats montrent que les produits ménagers parfumés contribuent à hauteur de 15 à 20 % à la concentration totale de COV dans ces logements. Les auteurs soulignent l’importance de sensibiliser le public à ces risques et de développer des normes plus strictes pour les produits du quotidien. En attendant, les autorités sanitaires conseillent de limiter l’usage de ces produits et de privilégier une ventilation naturelle ou mécanique pour renouveler l’air intérieur.

