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Société

Aux États-Unis, une mystérieuse mutation permet aux souris de résister aux raticides

Slate FR · mis à jour il y a 17 j

Les chercheurs se sont intéressés à une population de souris particulièrement résistantes aux produits de dératisation. Selon eux, ces rongeurs seraient porteurs d'une mutation spécifique leur permettant de survivre aux poisons anticoagulants..

Mystère des rongeurs résistants

Des équipes de dératisation américaines constataient depuis plusieurs années l’inefficacité des raticides les plus puissants contre les souris, malgré leur utilisation répétée. Pour comprendre ce phénomène, des chercheurs de l’université Rutgers, située dans le New Jersey, ont mené une enquête. Leur objectif était de déterminer si une cause biologique expliquait cette résistance croissante. Les scientifiques ont ainsi analysé l’ADN de 147 souris capturées dans quatre États : New York, le New Jersey, la Pennsylvanie et Washington. Les résultats, publiés en juillet 2026, révèlent une mutation génétique présente chez 84 % des individus testés. Cette mutation leur confère une résistance aux rodenticides anticoagulants, des produits chimiques largement utilisés pour éliminer les rongeurs.

Anticoagulants, mode d'action

Les rodenticides anticoagulants sont des poisons couramment employés aux États-Unis pour lutter contre les rongeurs. Leur particularité réside dans leur action lente : ils provoquent une hémorragie interne chez l’animal après plusieurs jours, ce qui réduit les risques qu’il associe l’empoisonnement à l’appât. Cette stratégie limite les comportements d’évitement chez les rongeurs, qui pourraient autrement apprendre à reconnaître et éviter les pièges. Cependant, cette efficacité est aujourd’hui menacée par l’émergence de mutations génétiques chez les souris, rendant ces produits inefficaces. Changlu Wang, spécialiste des nuisibles urbains à l’université Rutgers, souligne que ces résistances posent un défi majeur pour la gestion des populations de rongeurs.

Différences souris et rats

Les chercheurs ont observé des niveaux de résistance variables entre les espèces de rongeurs. Les souris domestiques (Mus musculus) présentent une résistance très élevée aux anticoagulants, tandis que les rats bruns (Rattus norvegicus) y sont moins sensibles. Cette différence s’explique en partie par des comportements distincts face à la nouveauté. Les souris sont décrites comme néophiles, c’est-à-dire attirées par ce qui est nouveau, ce qui les pousse à goûter aux appâts empoisonnés. À l’inverse, les rats sont néophobes : ils évitent les objets ou aliments inconnus. Cette curiosité des souris aurait accéléré l’émergence de résistances par un mécanisme de sélection naturelle, où seules les souris porteuses de la mutation survivent et se reproduisent.

Conséquences sanitaires et écologiques

La résistance des souris aux raticides pose un double problème. D’une part, elle complique la lutte contre les nuisibles, qui peuvent transmettre des maladies aux humains ou contaminer les denrées alimentaires. D’autre part, l’usage accru de poisons inefficaces augmente les risques de pollution environnementale. Les anticoagulants, en s’infiltrant dans les cours d’eau ou en affectant d’autres espèces animales, menacent la santé publique et la biodiversité. Jin-Jia Yu, chercheur à l’université nationale Chung Hsing à Taïwan et coauteur de l’étude, insiste sur la nécessité de repenser les stratégies de contrôle des rongeurs pour limiter ces impacts.

Ce que ça pourrait changer

Face à l’échec des raticides classiques, les experts recommandent d’adopter des méthodes de prévention et de contrôle plus durables. Changlu Wang, de l’université Rutgers, propose des solutions comme le *colmatage des points d’entrée* (fermeture des fissures ou ouvertures permettant aux rongeurs d’accéder aux bâtiments), une *meilleure gestion des déchets* (élimination des sources de nourriture) ou l’utilisation de *pièges mécaniques*. L’objectif est de réduire la dépendance aux pesticides tout en protégeant la santé humaine et l’environnement. Ces approches, fondées sur la science, visent à limiter les risques sanitaires et écologiques liés aux rongeurs résistants.

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