“Une victoire majeure” : les houthistes s’emparent de Mokha, port stratégique sur la mer Rouge
Les rebelles yéménites pro-iraniens ont pris jeudi cette ville clé, située à 75 kilomètres du détroit de Bab El-Mandeb. Pour la presse internationale, cette avancée sur le littoral de la mer Rouge pourrait permettre à Téhéran et ses alliés de contrôler un nouveau point de passage stratégique, après Ormuz..
Les houthistes, un groupe rebelle yéménite soutenu par l’Iran, ont pris le contrôle de Mokha le 10 septembre 2026. Cette ville portuaire, située sur la mer Rouge à environ 75 kilomètres du détroit de Bab El-Mandeb, est considérée comme un point stratégique pour le commerce maritime mondial. Mokha était jusqu’alors le dernier port entièrement sous le contrôle du gouvernement yéménite reconnu par la communauté internationale. Sa chute marque une avancée majeure pour les houthistes dans leur progression vers ce détroit, une zone clé reliant la mer Rouge à l’océan Indien et contrôlant l’accès à la mer Méditerranée via le canal de Suez. Cette prise pourrait renforcer leur influence sur les routes maritimes et les échanges commerciaux dans la région.
La prise de Mokha s’inscrit dans une stratégie plus large des houthistes, alliés à l’Iran, pour étendre leur contrôle sur des points clés du commerce maritime. Le détroit de Bab El-Mandeb, situé entre le Yémen et Djibouti, est l’une des voies maritimes les plus fréquentées au monde, avec environ 10 % du trafic pétrolier mondial transitant par cette zone. Les houthistes cherchent à renforcer leur emprise sur cette région, en parallèle d’un autre détroit stratégique, celui d’Ormuz, situé entre l’Iran et Oman, par lequel transite près de 20 % du pétrole mondial. Depuis février 2026, l’Iran a partiellement bloqué le trafic dans le détroit d’Ormuz, ce qui a accru l’importance de Bab El-Mandeb pour les exportations pétrolières, notamment celles de l’Arabie saoudite.
La prise de Mokha par les houthistes pourrait avoir des répercussions économiques majeures, notamment sur les marchés de l’énergie. Le détroit de Bab El-Mandeb est une route essentielle pour les exportations de pétrole saoudien vers l’Europe et l’Amérique du Nord. Une perturbation de cette voie maritime pourrait entraîner une hausse des prix du pétrole et une insécurité énergétique pour les pays dépendants de ces approvisionnements. Les analystes soulignent que cette situation pourrait accentuer les tensions géopolitiques entre l’Iran, l’Arabie saoudite et les États-Unis, déjà en confrontation sur plusieurs dossiers régionaux. Les marchés financiers pourraient réagir à cette prise de contrôle en anticipant des risques accrus pour la stabilité de la région.
La prise de Mokha a déjà des conséquences humanitaires graves. Selon l’Organisation internationale pour les migrations, près de 20 000 personnes ont été déplacées depuis le début des combats la semaine précédente. Des centaines de femmes et d’enfants ont quitté Mokha pour se réfugier dans les provinces voisines de Lahij et d’Aden. Les combats entre les forces gouvernementales yéménites et les houthistes ont fait des centaines de morts dans les deux camps. Cette escalade de la violence aggrave une crise humanitaire déjà critique au Yémen, où des millions de personnes dépendent de l’aide internationale pour survivre. Les organisations humanitaires craignent une aggravation de la situation si les combats s’étendent.
La communauté internationale suit de près l’évolution de la situation au Yémen. L’envoyé spécial de l’ONU pour le Yémen, Hans Grundberg, a appelé à une réunion d’urgence du Conseil de sécurité des Nations unies le 11 septembre 2026. Il a exhorté les membres de l’instance à éviter une escalade qui pourrait mener à un conflit régional plus large. Plusieurs pays, dont les États-Unis et l’Arabie saoudite, voient dans la prise de Mokha une menace stratégique majeure. Selon The Guardian, cette avancée des houthistes pourrait déséquilibrer la région et renforcer la capacité de l’Iran à contrôler deux points de passage clés pour le commerce maritime mondial, de part et d’autre de la péninsule arabique.
Les analystes craignent que la prise de Mokha ne soit l’étincelle d’un nouveau conflit régional. *Ha’Aretz* souligne que le Yémen n’est plus seulement un théâtre de guerre local, mais un enjeu stratégique capable d’influencer l’équilibre géopolitique du Moyen-Orient. Une escalade des combats pourrait entraîner une implication directe d’autres acteurs régionaux ou internationaux, comme les États-Unis ou l’Iran. Les tensions actuelles entre ces pays, déjà fortes, risquent de s’aggraver si la situation au Yémen dégénère. Les experts appellent à la prudence pour éviter une guerre plus large qui pourrait déstabiliser davantage une région déjà fragilisée par des décennies de conflits.

