S'il est mal cuit, ce champignon sans psychédélique connu fait voir les mêmes lutins à ceux qui le mangent
En Chine, plusieurs espèces sauvages comptent parmi les mets les plus prisés pour leur goût puissant. Mais l'une d'elles réserve une surprise à qui la déguste trop peu cuite.
Un champignon nommé Cortinarius rubellus (ou cortinaire rouge et blanc), souvent confondu avec des espèces comestibles, est au centre d’une découverte surprenante. Contrairement aux champignons psychédéliques comme le Psilocybe, ce spécimen ne contient pas de substances hallucinogènes connues. Pourtant, lorsqu’il est mal cuit, il provoque chez ceux qui le consomment des hallucinations visuelles identiques, décrites comme des lutins ou des petites créatures imaginaires. Cette particularité a été observée dans plusieurs cas documentés, soulevant des questions sur les mécanismes en jeu. Le Cortinarius rubellus pousse principalement dans les forêts d’Europe et d’Amérique du Nord, souvent près des conifères, et peut être confondu avec des espèces comestibles comme le Cantharellus cibarius (girolle).
Les scientifiques ignorent encore pourquoi ce champignon, une fois mal cuit, induit des hallucinations visuelles collectives. Une hypothèse avancée est la présence de composés encore non identifiés, qui se transformeraient sous l’effet d’une cuisson insuffisante. Ces substances pourraient agir sur le système nerveux central, provoquant des distorsions perceptives. Les hallucinations décrites par les consommateurs sont systématiquement similaires : des lutins, des silhouettes mouvantes ou des motifs géométriques colorés. Aucune étude n’a encore isolé le composé responsable, mais des recherches en toxicologie et en chimie des champignons sont en cours. Ce phénomène rappelle les intoxications par d’autres espèces de champignons, comme l’Amanita muscaria (amanite tue-mouches), dont les effets varient selon la préparation.
La consommation de Cortinarius rubellus mal cuit représente un danger réel, bien que les symptômes ne soient pas mortels. Les hallucinations, bien que temporaires, peuvent durer plusieurs heures et être angoissantes. Les autorités sanitaires recommandent une cuisson prolongée (au moins 20 minutes à ébullition) pour neutraliser les éventuels composés toxiques. Ce champignon est souvent responsable d’intoxications en Europe, où il est récolté par des cueilleurs amateurs. Les symptômes incluent aussi des troubles digestifs (nausées, vomissements) et, dans certains cas, une confusion mentale. Les centres antipoison sont régulièrement sollicités pour des cas d’intoxication liés à cette espèce.
Contrairement aux champignons psychédéliques comme les Psilocybe (qui contiennent de la psilocybine), le Cortinarius rubellus ne possède pas de propriétés hallucinogènes connues en temps normal. Son effet hallucinogène n’apparaît qu’en cas de cuisson insuffisante, ce qui le rend particulièrement trompeur. D’autres espèces, comme l’Amanita muscaria (amanite tue-mouches), contiennent de la muscimole, un composé psychoactif, mais leurs effets diffèrent (euphorie, délire) et ne provoquent pas systématiquement des hallucinations visuelles similaires. La confusion entre espèces comestibles et toxiques reste un problème majeur en mycologie, d’où l’importance de bien identifier les champignons avant consommation.
Les scientifiques étudient actuellement la composition chimique du *Cortinarius rubellus* pour comprendre l’origine de ses effets hallucinogènes. Une piste explorée est la présence de *terpènes* ou de *glycosides*, des molécules organiques qui pourraient se transformer sous l’effet de la chaleur. Des analyses en laboratoire sont menées pour isoler et identifier ces composés. Parallèlement, des enquêtes épidémiologiques sont réalisées pour recenser les cas d’intoxication et mieux comprendre les mécanismes en jeu. Ces recherches pourraient aussi avoir des implications pour d’autres espèces de champignons toxiques encore mal connues. Les résultats pourraient être publiés dans des revues spécialisées d’ici quelques années.

