Une pièce de huit du XVIe siècle a été retrouvée dans le «Port de la Famine» au Chili et confirme enfin le destin de cette colonie maudite de l’empire espagnol
En mars 2026, une découverte archéologique majeure au Chili révèle l'emplacement exact de Ciudad del Rey Don Felipe, une colonie espagnole du XVIe siècle décimée par la famine, grâce à une pièce d'argent exhumée près du détroit de Magellan. The post Une pièce de huit du XVIe siècle a été retrouvée dans le «Port de la Famine» au Chili et confirme enfin le destin de cette colonie maudite de l’empire espagnol appeared first on Science et vie..
En mars 2026, une équipe d’archéologues dirigée par l’historienne Soledad González Díaz, de l’Université Bernardo O’Higgins à Santiago (Chili), en collaboration avec l’Agence nationale chilienne de recherche et développement, a fait une découverte majeure près du détroit de Magellan. Ils ont exhumé une pièce d’argent du XVIe siècle, appelée un real de a ocho, sur le site de l’ancienne colonie espagnole Ciudad del Rey Don Felipe. Cette pièce, posée sur une pierre des fondations de l’église du campement, confirme les récits historiques de l’époque, notamment ceux du navigateur Pedro Sarmiento de Gamboa, qui avait fondé la colonie en 1584. La découverte relie ainsi les preuves matérielles aux sources écrites, offrant une validation tangible d’un épisode méconnu de l’histoire coloniale espagnole.
La pièce retrouvée, un real de a ocho, est une monnaie d’argent emblématique de l’Empire espagnol à partir du XVIe siècle. Elle était frappée à partir de l’argent extrait des colonies américaines et circula largement dans le monde, devenant la première monnaie à vocation mondiale. Cette pièce comportait deux faces : l’une représentait une croix de Jérusalem, symbole chrétien, et l’autre les armoiries royales espagnoles, marquant l’autorité du roi d’Espagne. Son dépôt sur une pierre des fondations de l’église lors de la fondation de la colonie en 1584 n’est pas anodin : les chroniques de Sarmiento de Gamboa décrivent précisément une cérémonie au cours de laquelle une monnaie fut posée sur cette même pierre, confirmant ainsi l’authenticité du récit historique.
En 1578, le corsaire anglais Francis Drake traversa le détroit de Magellan pour passer de l’Atlantique au Pacifique, pillant les établissements espagnols sur son passage. Pour contrer cette menace, le roi d’Espagne Philippe II ordonna au navigateur Pedro Sarmiento de Gamboa de fortifier le détroit et d’y établir une colonie en 1584. Cette colonie, nommée Ciudad del Rey Don Felipe, comptait environ 350 colons. Cependant, les conditions de vie furent rapidement insurmontables : sol rocheux, vents glaciaux, absence de ressources alimentaires adaptées et maladies décimèrent presque tous ses habitants. Sarmiento de Gamboa quitta la colonie pour chercher des renforts, mais fut capturé par les Anglais en 1586. En 1587, le navigateur anglais Thomas Cavendish ne trouva que quelques survivants parmi les ruines, rebaptisant le lieu Port de la Famine, un nom qui lui est resté.
La découverte de la pièce d’argent et de deux canons en bronze en 2019 par la même équipe d’archéologues confirme la fiabilité des récits de Sarmiento de Gamboa. Francisco Garrido, archéologue au Musée national d’histoire naturelle du Chili, précise que la localisation de l’église, grâce à la pièce, permet désormais de déterminer l’emplacement des autres structures de la colonie. Cependant, Simón Urbina, archéologue à l’Université australe du Chili, souligne que les vestiges des cabanes, des palissades défensives et d’autres églises restent introuvés, nécessitant de nouvelles campagnes de fouilles. Cette découverte renforce la crédibilité des cartes dessinées par Sarmiento de Gamboa, tout en révélant les limites des moyens espagnols face aux conditions extrêmes du détroit de Magellan.
Les fouilles ont révélé que le site de la colonie espagnole était déjà occupé par des populations autochtones avant et après la présence espagnole. Sarmiento de Gamboa avait choisi cet emplacement précisément parce qu’il offrait des conditions de survie éprouvées par les locaux, sans que cela suffise à sauver ses colons. Cette découverte met en lumière l’importance des savoirs autochtones dans la gestion des territoires, tout en soulignant l’échec des ambitions espagnoles dans cette région hostile. L’équipe de chercheurs espère désormais cartographier l’ensemble du campement pour reconstituer les derniers mois de cette colonie maudite, offrant ainsi un éclairage nouveau sur les dynamiques coloniales et les interactions entre Européens et populations locales.

