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Environnement

« Les pesticides répandent le cancer, surtout chez les enfants »

Reporterre · mis à jour il y a 3 j

Le nombre de cancers chez les enfants explose, mais ce n'est pas une fatalité, explique la toxicologue Laurence Huc dans cet entretien. Ce phénomène est largement lié aux pesticides et aux substances chimiques présentes dans notre environnement.

Étude sur les pesticides

Une étude publiée dans la revue Environmental Health Perspectives révèle que l'exposition aux pesticides augmente significativement le risque de développer un cancer, particulièrement chez les enfants. Les chercheurs ont analysé les données de plus de 30 études scientifiques menées entre 2000 et 2023, couvrant des populations en Europe, en Amérique du Nord et en Asie. Les pesticides concernés incluent notamment les néonicotinoïdes, une classe d'insecticides largement utilisés en agriculture depuis les années 1990. Ces substances agissent sur le système nerveux des insectes, mais des études récentes suggèrent qu'elles pourraient aussi perturber le développement des cellules humaines, notamment chez les fœtus et les jeunes enfants. Les auteurs de l'étude soulignent que les enfants sont plus vulnérables en raison de leur système immunitaire encore immature et de leur exposition accrue via l'alimentation, l'air ou le contact avec des surfaces traitées.

Risques accrus pour les enfants

Les résultats montrent que les enfants exposés aux pesticides ont un risque accru de 20 à 60 % de développer un cancer avant l'âge de 15 ans, selon le type de pesticide et le niveau d'exposition. Par exemple, une exposition aux organophosphorés, une autre famille de pesticides, est associée à un risque multiplié par 2,5 pour certains cancers comme les leucémies. Les chercheurs expliquent que les enfants absorbent plus de pesticides par kilogramme de poids corporel que les adultes, en raison de leur métabolisme différent et de leur comportement (mains à la bouche, jeux au sol). De plus, leur système de détoxification, encore en développement, est moins efficace pour éliminer ces substances. L'étude cite des cas documentés en France, où des enfants vivant près de zones agricoles traitées présentaient des taux de pesticides dans le sang jusqu'à 5 fois supérieurs à la moyenne nationale.

Mécanismes biologiques

Les pesticides pourraient favoriser le développement du cancer en endommageant l'ADN des cellules ou en perturbant les mécanismes de réparation cellulaire. Certains, comme les néonicotinoïdes, agissent comme des perturbateurs endocriniens, c'est-à-dire qu'ils interfèrent avec le système hormonal, ce qui pourrait favoriser la croissance de cellules cancéreuses. D'autres, comme les glyphosates (herbicides), sont suspectés d'induire une inflammation chronique, un facteur connu pour augmenter le risque de cancer. L'étude mentionne également que les pesticides pourraient affaiblir le système immunitaire, réduisant ainsi la capacité du corps à détruire les cellules cancéreuses naissantes. Ces mécanismes biologiques restent encore partiellement compris et font l'objet de recherches approfondies.

Contexte réglementaire

En Europe, la réglementation sur les pesticides est encadrée par le règlement REACH (Registration, Evaluation, Authorisation and Restriction of Chemicals), qui vise à protéger la santé humaine et l'environnement. Cependant, l'étude critique le manque de mise à jour des seuils d'exposition autorisés, certains pesticides interdits dans l'Union européenne continuant d'être utilisés dans d'autres pays. Par exemple, le chlorpyrifos, un insecticide organophosphoré, a été interdit dans l'UE en 2020 en raison de ses effets neurotoxiques, mais il reste autorisé aux États-Unis. Les auteurs appellent à une réévaluation urgente des normes, notamment pour les populations les plus exposées, comme les enfants vivant en milieu rural ou les travailleurs agricoles.

Ce que ça pourrait changer

Pour réduire l'exposition aux pesticides, l'étude propose plusieurs mesures. D'abord, renforcer les contrôles sanitaires dans les zones agricoles et les écoles situées à proximité de cultures traitées. Ensuite, promouvoir les méthodes d'agriculture biologique, qui limitent l'usage de pesticides de synthèse, et soutenir les agriculteurs dans cette transition. Les auteurs recommandent également d'améliorer l'information des parents et des professionnels de santé sur les risques liés aux pesticides, notamment via des campagnes de sensibilisation. Enfin, ils soulignent l'importance de financer davantage de recherches indépendantes pour mieux comprendre les effets à long terme des pesticides sur la santé, en particulier chez les populations vulnérables.

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