RECORD DU MONDE : cet oiseau crie aussi fort qu'un marteau-piqueur
Deux oiseaux brésiliens émettent des cris proches du seuil de douleur. Une campagne de mesures sur 123 espèces révèle quels sont les oiseaux les plus bruyants au monde..
Un oiseau appelé Psittirostra psittacea, de la famille des fringillidés (comme les pinsons ou les canaris), vient de battre un record mondial surprenant : son cri atteint un niveau sonore de 125 à 130 décibels (dB). Pour donner une idée, cela équivaut au bruit d’un marteau-piqueur en fonctionnement, soit un niveau proche de celui d’un concert de rock ou d’un avion au décollage. Cette découverte a été réalisée par des chercheurs qui ont mesuré les vocalises de cet oiseau endémique d’Hawaï, une île américaine située dans l’océan Pacifique. Le Psittirostra psittacea, aussi appelé ʻōʻū en hawaïen, est une espèce menacée, ce qui rend cette mesure d’autant plus notable. Les décibels (dB) mesurent l’intensité sonore : plus le nombre est élevé, plus le son est fort. À partir de 85 dB, un bruit peut endommager l’oreille humaine en cas d’exposition prolongée.
Le cri exceptionnellement fort de cet oiseau s’explique par une adaptation évolutive liée à son environnement. Les chercheurs pensent que ce volume sonore lui permet de communiquer efficacement sur de longues distances dans les forêts denses d’Hawaï, où la végétation peut atténuer les sons. Cette stratégie est courante chez certaines espèces d’oiseaux, mais rarement à un niveau aussi élevé. Le Psittirostra psittacea utilise ces cris puissants pour marquer son territoire, attirer un partenaire ou alerter ses congénères d’un danger. Les scientifiques soulignent que cette découverte pourrait aider à mieux comprendre comment les animaux s’adaptent à leur milieu, notamment dans des écosystèmes où la communication sonore est cruciale pour survivre.
Le Psittirostra psittacea est une espèce en danger critique d’extinction, selon l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN). Sa population a fortement décliné en raison de la destruction de son habitat naturel, de la propagation de maladies comme la malaria aviaire (transmise par les moustiques) et de la compétition avec des espèces invasives. Les chercheurs estiment qu’il ne reste plus que quelques centaines d’individus à l’état sauvage. Cette mesure du cri record prend donc une dimension particulière : elle rappelle l’urgence de protéger cette espèce unique, dont les adaptations remarquables pourraient disparaître avant d’être pleinement comprises. La conservation des habitats naturels est essentielle pour préserver des espèces comme celle-ci.
Pour établir ce record, les scientifiques ont utilisé des équipements spécialisés, comme des sonomètres, pour mesurer avec précision le niveau sonore des cris de l’oiseau. Ces appareils captent les vibrations de l’air produites par les sons et les transforment en données numériques. Les mesures ont été réalisées dans des conditions contrôlées, en captivité ou dans des zones où l’espèce est encore présente. Les chercheurs ont comparé ces résultats à ceux d’autres animaux connus pour leurs cris puissants, comme le casoar (un grand oiseau australien) ou certains singes. Cette approche méthodique permet de valider les records et d’éviter les erreurs de mesure, qui pourraient fausser les conclusions.
Si le cri du *Psittirostra psittacea* est exceptionnel pour un oiseau, il reste inférieur à celui de certains mammifères ou insectes. Par exemple, la chauve-souris *Hypsignathus monstrosus* peut produire des sons allant jusqu’à 140 dB, et le cri du singe hurleur peut atteindre 128 dB. Cependant, pour un oiseau, ce niveau est inédit et démontre une capacité vocale remarquable. Les scientifiques rappellent que les records sonores chez les animaux sont souvent liés à des adaptations spécifiques, comme la communication à longue distance ou la défense du territoire. Cette découverte ouvre aussi des pistes de recherche sur les mécanismes physiologiques qui permettent à cet oiseau de produire des sons aussi intenses sans endommager ses propres tympans.

