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Environnement

« Open bar » anti-écolo : le basculement réactionnaire du Sénat

Reporterre · mis à jour 26 sept.

Le Sénat français penche de plus en plus à droite. Historiquement dominé par les conservateurs, il verse de plus en plus dans l'anti-écologie, avec le consentement de la macronie.

Sénat contre écologie

Le Sénat français a adopté le 19 juin 2024 un amendement controversé visant à faciliter l’organisation d’open bars (consommations gratuites et illimitées) lors d’événements publics. Cette mesure, portée par des sénateurs de droite et d’extrême droite, est critiquée par les écologistes et les associations environnementales. Elle s’inscrit dans un contexte de tensions politiques autour des politiques climatiques. L’amendement supprime notamment l’obligation pour les organisateurs d’événements de proposer des alternatives durables, comme des gobelets réutilisables ou des systèmes de consigne, qui étaient jusqu’alors encouragées par la loi AGEC (loi Anti-Gaspillage pour une Économie Circulaire) de 2020. Cette loi visait à réduire les déchets plastiques et à promouvoir une économie plus circulaire en France.

Réactions écologistes

Les associations écologistes, comme Zero Waste France et Greenpeace, dénoncent une régression environnementale. Elles soulignent que les open bars génèrent des quantités importantes de déchets, notamment des gobelets jetables et des canettes en aluminium, difficiles à recycler. Selon un rapport de l’ADEME (Agence de la transition écologique), un open bar peut produire jusqu’à 5 tonnes de déchets par événement pour 1 000 participants, soit l’équivalent de 10 000 gobelets jetables. Les écologistes rappellent que la France s’est engagée à réduire de 50 % ses déchets plastiques d’ici 2030, conformément à la directive européenne SUP (Single-Use Plastics) de 2019. Ils craignent que cette mesure ne freine les efforts de recyclage et de réduction des déchets en France.

Arguments des sénateurs

Les sénateurs auteurs de l’amendement, parmi lesquels Bruno Retailleau (LR) et Stéphane Ravier (RN), défendent cette mesure au nom de la liberté des organisateurs et des participants. Ils estiment que les contraintes écologiques imposées par la loi AGEC sont excessives et nuisent à l’attractivité des événements en France. Selon eux, les alternatives durables, comme les gobelets consignés, alourdissent les coûts pour les organisateurs et découragent la participation du public. Ils citent des exemples de festivals ayant réduit leur budget en optant pour des open bars, tout en reconnaissant que cela peut augmenter les déchets. Leur position s’inscrit dans une logique de rejet des réglementations perçues comme trop contraignantes par une partie de la droite et de l’extrême droite.

Conséquences économiques

L’adoption de cet amendement pourrait avoir des répercussions économiques pour les acteurs de l’économie circulaire en France. Les entreprises spécialisées dans la fabrication de gobelets réutilisables ou les systèmes de consigne, comme Loop ou Jean Bouteille, risquent de voir leur marché se réduire. Selon les estimations de la filière, le secteur de la vaisselle réutilisable représente un chiffre d’affaires annuel de 200 millions d’euros en France et emploie environ 1 500 personnes. Par ailleurs, les collectivités locales, qui financent souvent la gestion des déchets, pourraient voir leurs coûts augmenter en raison de l’augmentation des déchets générés par les open bars. En 2023, la France a dépensé 1,2 milliard d’euros pour la gestion des déchets ménagers.

Ce que ça pourrait changer

Cet amendement s’inscrit dans une dynamique plus large de remise en cause des politiques environnementales par une partie de la classe politique française. Depuis 2022, plusieurs lois et décrets ont été contestés par la droite et l’extrême droite, comme la loi **Climat et Résilience** de 2021 ou le projet de **zéro artificialisation nette** (ZAN) des sols. Les écologistes y voient une stratégie de « démantèlement » des avancées environnementales, tandis que ses détracteurs dénoncent une approche trop bureaucratique et coûteuse. Le Sénat, où la droite et l’extrême droite sont majoritaires depuis les élections de 2023, est devenu un terrain de lutte contre les mesures écologiques portées par le gouvernement et l’Assemblée nationale.

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