À Bornstedt, dans l’est de l’Allemagne
Le parti d’extrême droite Alternative für Deutschland s’apprête-t-il à diriger un Land pour la première fois de son histoire ? À Bornstedt, en Saxe-Anhalt, la plupart des habitants l’espèrent. Avant même le scrutin du 6 septembre, le journaliste de “Focus” Göran Schattauer a tenté de comprendre pourquoi..
Le 6 septembre 2026, un scrutin régional a lieu en Saxe-Anhalt, un Land situé dans l’est de l’Allemagne. À Bornstedt, un village de 780 habitants, le parti Alternative für Deutschland (AfD), classé à l’extrême droite, est donné favori. Ce parti, fondé en 2013, mise sur des thèmes comme l’immigration et l’insécurité pour séduire les électeurs, bien que Bornstedt ne compte aucun étranger parmi ses habitants. Le journaliste Göran Schattauer, du magazine allemand Focus, s’est rendu sur place pour comprendre les motivations des habitants. L’AfD espère ainsi diriger pour la première fois un Land allemand, une région comparable à une province française.
Les habitants de Bornstedt expriment une profonde insatisfaction envers les dirigeants politiques, tant à Berlin (la capitale fédérale) qu’à Magdebourg (la capitale régionale de la Saxe-Anhalt). Cette frustration se traduit par un rejet des partis traditionnels et une adhésion massive à l’AfD. Un habitant a même déclaré vouloir envoyer « tous les puissants au peloton d’exécution pour trahison à la patrie », illustrant l’exaspération extrême d’une partie de la population. Cette colère s’accompagne d’un sentiment d’abandon économique et social, malgré l’absence de problèmes d’immigration ou de délinquance dans le village.
L’AfD, dirigé localement par Ulrich Siegmund, axe sa campagne sur deux axes principaux : l’immigration et la délinquance. Pourtant, à Bornstedt, ces thèmes ne correspondent pas à la réalité locale, où aucun étranger ne vit. Le parti mise donc sur une rhétorique de rejet des élites politiques, perçues comme déconnectées des préoccupations des citoyens. Cette stratégie semble efficace, car la majorité des habitants du village soutiennent l’AfD, malgré l’absence de problèmes concrets liés à ces sujets. Le parti mise sur un discours anti-système pour fédérer un électorat en quête de changement.
La Saxe-Anhalt, où se situe Bornstedt, est un Land marqué par une histoire industrielle et des défis économiques persistants depuis la réunification allemande en 1990. Les habitants expriment un sentiment de marginalisation, renforcé par des décennies de politiques perçues comme inefficaces. L’AfD, en promettant de « nettoyer » la politique et de défendre les intérêts locaux, capitalise sur ce mécontentement. Si le parti remporte les élections régionales, il deviendrait la première force politique à diriger un Land en Allemagne, un scénario inédit pour un parti d’extrême droite.
À Bornstedt, l’adhésion à l’AfD semble quasi unanime, selon le journaliste. Les habitants interrogés partagent une vision critique des partis traditionnels, accusés de négliger les zones rurales et les petites villes. L’AfD, en se présentant comme le seul parti capable de « redonner le pouvoir au peuple », séduit une population en quête de représentation. Cette dynamique illustre une tendance plus large en Allemagne de l’Est, où l’extrême droite progresse depuis plusieurs années, notamment dans les régions en déclin économique.

