États‑Unis, Arabie saoudite
Alors que le cours du baril flambe, les trois principaux producteurs de pétrole ont du mal à augmenter leur production. Guerre, effet des sanctions et intérêt à des prix hauts se conjuguent pour peser sur l'offre mondiale d'or noir.
En 2026, le marché du pétrole traverse une crise majeure avec un baril qui oscille entre 69 et 126 dollars, après avoir atteint une moyenne de 100 dollars. Cette volatilité s’explique par des tensions géopolitiques, notamment autour du détroit d’Ormuz, où les flux de pétrole ont chuté de 21 millions de barils par jour (Mb/j) fin 2025 à seulement 5 Mb/j au deuxième trimestre 2026. Les stocks mondiaux sont passés sous la barre des 8 milliards de barils, soit une baisse de plus de 400 millions depuis février 2026. Cette situation révèle une fragilité des trois principaux producteurs mondiaux : les États-Unis, l’Arabie saoudite et la Russie, incapables d’ajuster leur production pour stabiliser le marché. Pour les pays consommateurs, comme l’Europe, cette crise souligne l’urgence de réduire leur dépendance au pétrole, non plus seulement pour des raisons climatiques, mais aussi pour des questions de sécurité énergétique.
Les États-Unis, premier producteur mondial avec 13,6 Mb/j en 2025, voient leur capacité de production de pétrole de schiste s’éroder. Contrairement aux gisements conventionnels, les puits de schiste perdent 70 % de leur production dès la première année, contre 15 % pour les autres. Pour maintenir leur niveau de production, les États-Unis doivent donc forer en permanence, créant un mécanisme fragile appelé le « tapis roulant ». En 2026, malgré un prix du baril dépassant 100 dollars, les investissements des producteurs américains ont baissé de 5 % et le nombre de forages est resté stable. Cette inertie s’explique par une priorité donnée aux dividendes pour les actionnaires plutôt qu’à l’augmentation de la production. Les États-Unis ne jouent donc plus leur rôle de régulateur du marché, comme dans les années 2010, et deviennent des « preneurs de prix ». Leur dépendance aux importations vénézuéliennes, présentées comme une solution, reste limitée en raison des coûts élevés et des délais d’exploitation.
L’Arabie saoudite, souvent considérée comme le « banquier central » du pétrole avec une capacité de production de 12 Mb/j, peine à exploiter cette réserve. En juillet 2026, elle n’a produit que 8 Mb/j, bien en dessous de son quota de 10,5 Mb/j fixé par l’OPEP+. La raison n’est pas stratégique, mais logistique : les infrastructures d’évacuation du pétrole sont saturées ou endommagées. L’oléoduc est-ouest, qui contourne le détroit d’Ormuz, fonctionne à pleine capacité (7 Mb/j), tandis que les routes alternatives via le canal de Suez ou l’oléoduc Sumed sont limitées, coûteuses et vulnérables aux blocus. Cette situation illustre un paradoxe : une capacité de production ne vaut que si les infrastructures permettent d’exporter le pétrole. Par ailleurs, le prix d’équilibre budgétaire saoudien est estimé à 86 dollars le baril, et le déficit du premier trimestre 2026 a atteint 29 milliards d’euros, soit les trois quarts de l’objectif annuel. Aramco, la compagnie pétrolière nationale, maintient un dividende élevé de 22 milliards de dollars par trimestre, mais au prix d’un endettement croissant.
La Russie subit une crise à trois niveaux en 2026. D’abord, sa capacité de production a chuté à 9,5 Mb/j, contre des niveaux historiques plus élevés, en raison de l’épuisement des champs traditionnels et des difficultés à développer de nouveaux gisements, notamment en Arctique ou en offshore profond, bloqués par les sanctions occidentales. Ensuite, son raffinage a fortement diminué, tombant à 3,6 Mb/j en juillet 2026, le niveau le plus bas depuis 2002, à cause des frappes de drones ukrainiens sur les infrastructures. Enfin, la réorientation de ses exportations vers l’Asie, après les sanctions de 2022, a créé une nouvelle vulnérabilité : 80 % de ses exportations maritimes sont achetées par seulement deux pays, la Chine et l’Inde. Cette concentration réduit la valeur réelle de son pétrole, avec une décote de 20 dollars le baril, soit près de 25 % de sa valeur. Une partie de sa flotte pétrolière est désormais qualifiée de « fantôme », avec des coûts supplémentaires qui grèvent ses recettes.
La transition énergétique modifie progressivement les équilibres du marché pétrolier. En 2025, l’électrification du transport routier a permis d’éviter la consommation de 1,7 Mb/j, et en 2026, les véhicules électriques représentent 30 % des ventes mondiales de voitures neuves, un chiffre qui atteint près de 60 % en Chine. Cette tendance réduit la dépendance au pétrole, mais elle n’est pas encore suffisante pour compenser les chocs d’offre. Par ailleurs, la demande de carburants routiers devrait culminer d’ici la fin de la décennie, ce qui limite la fenêtre de monétisation du pétrole pour les producteurs. Cette anticipation pousse les acteurs du secteur à adopter une approche plus prudente, notamment aux États-Unis où les investissements restent faibles malgré un baril à 100 dollars. La transition énergétique agit donc comme un accélérateur de changements structurels, mais elle ne rend pas le pétrole obsolète à court terme.
La crise de 2026 révèle que la dépendance au pétrole décline lentement, mais que les mécanismes de résilience du marché (capacité de réserve, stocks, investissements à long terme) se dégradent plus rapidement. Moins de pétrole est consommé, mais il devient plus difficile à remplacer en cas de choc. Les trois grands producteurs, États-Unis, Arabie saoudite et Russie, ont perdu leur capacité à stabiliser le marché. Les pays consommateurs, comme l’Europe, doivent désormais internaliser cette fonction d’assurance énergétique. Ce qui s’achève n’est pas l’ère du pétrole, mais celle d’une « puissance pétrolière confortable », où les producteurs pouvaient influencer le marché simplement en ajustant leur production. Désormais, la rente pétrolière persiste, mais son autorité s’effrite, rendant le système plus vulnérable aux crises.

