“Qui dirige le monde ?” : la Silicon Valley cherche toujours son visage féminin
Dans un numéro spécial consacré à la tech et au genre, le mensuel américain “Wired” détourne les codes de la Silicon Valley pour interroger la place et le vécu des femmes dans un secteur toujours dominé par les hommes..
Le magazine américain Wired, connu pour son analyse des technologies et de la Silicon Valley, a publié en septembre 2026 un numéro spécial consacré à la place des femmes dans le secteur technologique. Initialement, l’idée de transformer temporairement le magazine en une publication féminine, avec des codes visuels provocateurs comme des couleurs roses ou des titres accrocheurs, était une blague lancée lors d’un apéro entre collègues. Cependant, cette idée a rapidement pris une dimension sérieuse. La directrice éditoriale Katie Drummond a expliqué que l’équipe, inspirée et en colère, a décidé de donner une voix aux femmes dans un domaine largement dominé par les hommes. Entre 1993 et 2010, Wired avait publié 70 couvertures mettant en avant des hommes, contre seulement quatre célébrant des femmes pour leurs réalisations professionnelles.
Pour illustrer ce numéro spécial, Wired a choisi l’actrice et comédienne transgenre Patti Harrison pour incarner plusieurs figures emblématiques de la Silicon Valley sur sa couverture. Parmi elles, on retrouve Jeff Bezos (fondateur d’Amazon), Elon Musk (Tesla), Sam Altman (OpenAI), Dario Amodei (Anthropic) et Mark Zuckerberg (Meta). Patti Harrison a également interprété Lauren Sánchez Bezos, l’épouse de Jeff Bezos, en tailleur blanc. La question « Qui dirige le monde ? » est affichée en gros caractères blancs sur la couverture, soulignant l’absence de femmes parmi les dirigeants de la tech. Cette approche visuelle et humoristique sert à interroger la domination masculine dans ce secteur.
Le numéro de Wired inclut une enquête menée auprès de 634 femmes travaillant dans la tech, âgées de 16 à 65 ans. Les résultats révèlent une situation préoccupante : 47 % des participantes estiment que la situation des femmes dans ce secteur n’a pas évolué ou s’est dégradée. Plus d’un tiers des femmes interrogées déclarent avoir subi du harcèlement ou des biais sexistes. Plusieurs témoignages illustrent ces difficultés : une femme avec trente ans d’expérience rapporte que ses collègues la prennent de haut, comme si elle était « idiote ». Une autre salariée raconte qu’un patron lui demandait de marcher devant lui pour « agrémenter sa vue ». Une troisième participante confie que des clients masculins ricanent lorsqu’ils découvrent qu’elle est PDG, la prenant pour une secrétaire. Ces récits mettent en lumière les obstacles persistants pour les femmes dans un environnement professionnel souvent hostile.
Le magazine Wired souligne également l’évolution du discours autour de la virilité dans la Silicon Valley. En janvier 2025, Mark Zuckerberg, PDG de Meta, avait publiquement vanté les mérites d’une « énergie masculine bénéfique ». Le même jour, Meta annonçait la fin de ses programmes de diversité, d’équité et d’inclusion (DEI). Ces déclarations et actions reflètent une tendance à valoriser des traits traditionnellement masculins dans un secteur déjà très masculin. Malgré cela, Wired cherche à identifier les femmes les plus influentes de la tech, mais constate qu’il reste difficile, en 2026, de répondre à la question : « Quelle est la femme la plus puissante de la tech ? ».
*Wired* a pour objectif de donner la parole aux femmes dans la tech et de mettre en lumière leurs réalisations professionnelles. Le magazine promet de publier davantage de contenus sur ce sujet, déclarant : « Personne ne veut parler des femmes dans la tech. Alors nous le ferons. » En transformant une blague en un numéro spécial engagé, *Wired* cherche à provoquer une prise de conscience sur les inégalités persistantes dans ce secteur. L’utilisation de l’humour et de la provocation visuelle sert à attirer l’attention sur un problème structurel, tout en critiquant les codes d’un milieu où le pouvoir reste très majoritairement entre les mains des hommes.

