Le Pen, Bolsonaro et Trump partagent un air de famille
S’il est élu le 25 octobre à la présidence du Brésil, le fils de Jair le devra à une exemplaire culture clanique..
Au Brésil, les élections présidentielles d'octobre 2026 opposent le candidat d'extrême droite Flávio Bolsonaro, fils de l'ancien président Jair Bolsonaro, à Luiz Inácio Lula da Silva. Flávio Bolsonaro, du Parti libéral, arrive en tête du premier tour avec 47,03 % des voix contre 45,16 % pour Lula. Son père, Jair Bolsonaro, condamné à 27 ans de prison pour une tentative de coup d'État, a dirigé le pays de 2019 à 2023. La famille Bolsonaro illustre une culture clanique où le pouvoir se transmet au sein du cercle familial. Ainsi, le frère de Jair, Renato, et son demi-frère, Jair Renan, siègent désormais à la Chambre des députés, tandis que son frère Carlos et sa belle-mère Michelle ont été élus au Sénat. Cette structure familiale repose sur des pratiques comme les rachadinhas (emplois fictifs d'assistants parlementaires dont les salaires sont détournés) et des soupçons de collusion avec des groupes paramilitaires. Le népotisme et les conflits d'intérêts y sont systématiques.
Aux États-Unis, la famille Trump incarne une autre forme de pouvoir dynastique. Donald Trump a nommé sa fille Ivanka comme conseillère officielle pendant son premier mandat, tandis que ses fils Donald Jr. et Eric dirigent la Trump Organization, entreprise familiale, dans un contexte de conflits d'intérêts permanents. Son gendre, Jared Kushner, a occupé des fonctions diplomatiques majeures, comme la négociation des accords d'Abraham en 2020. La famille Trump exploite également des liens avec des promoteurs immobiliers, comme Steve Witkoff, pour étendre son influence. Ces pratiques, où le sang prime sur la compétence, sont tolérées par une partie de l'électorat, malgré les condamnations judiciaires et les scandales. Par exemple, Donald Trump a été condamné à plusieurs reprises pour fraude financière et détournement de fonds, mais reste soutenu par ses partisans.
En France, la famille Le Pen illustre aussi une dynamique clanique en politique. Marine Le Pen, figure du Rassemblement national (RN), a annoncé sa candidature à la présidentielle de 2026 après sa condamnation en appel pour détournements de fonds publics européens. Son parti, le RN, repose sur un réseau familial et de proches, comme son beau-frère Philippe Olivier, dont la fille Nolwenn dirige la communication de sa campagne. La réhabilitation de Marion Maréchal, autrice du livre Si tu te sens Le Pen, a marginalisé Jordan Bardella, actuel président du RN, au profit d'une image de famille unie et légitime. Marine Le Pen a exploité un mea culpa émotionnel après la mort de son père Jean-Marie Le Pen en janvier 2025, réintroduisant discrètement des thèmes controversés comme le racisme et l'antisémitisme, tout en se présentant comme une figure familiale rassurante.
Les familles Bolsonaro, Trump et Le Pen utilisent la famille comme un outil politique central pour gagner la confiance de l'électorat. Leurs discours mettent en avant des valeurs traditionnelles comme l'opposition à l'avortement, aux minorités sexuelles ou au progressisme scolaire, tout en défendant une image de bon père ou mère de famille. Cette stratégie vise à légitimer leur pouvoir en s'appuyant sur un récit émotionnel et rassurant. Par exemple, Marine Le Pen est présentée comme une femme aimante des chats et mère de famille, ce qui humanise son image. Cependant, cette approche pose un problème démocratique : elle favorise le népotisme et la reproduction des inégalités, où les décisions politiques sont prises en fonction des liens familiaux plutôt que de l'intérêt général.
L'article souligne que ces dynamiques familiales prospèrent dans un contexte de post-vérité, où la réalité est souvent subordonnée au récit et aux émotions. Les agissements familiaux, même illégaux ou immoraux, sont tolérés car ils s'appuient sur un sentiment de sécurité et de confiance partagé par une partie de la population. Par exemple, les condamnations judiciaires de Jair Bolsonaro ou de Donald Trump n'entament pas leur popularité, car leurs partisans s'identifient à leur lutte contre les élites et les médias. Cette indulgence envers le népotisme familial s'explique aussi par une maxime célèbre attribuée à Jean-Marie Le Pen : « Je préfère mes filles à mes nièces, mes nièces à mes cousines... », qui résume l'idée que les liens du sang priment sur les règles éthiques ou l'intérêt collectif.
Les experts cités dans l'article, comme Mélanie Plouvier (professeure de philosophie sociale) et Alexandre de Vitry (universitaire), alertent sur les risques démocratiques liés à ces dynamiques familiales. Elles favorisent la reconstitution de dynasties politiques, où le pouvoir se transmet de génération en génération, et le népotisme dans l'exercice du pouvoir. Par exemple, au Brésil, la famille Bolsonaro contrôle plusieurs institutions (Sénat, Chambre des députés) sans que les compétences ou l'éthique ne soient toujours au rendez-vous. Ces pratiques discréditent la délégation de décision aux *étrangers à la famille*, perçus comme des menaces, et sapent les principes d'impartialité et d'intérêt général, fondements de la démocratie.

