Pourquoi les pays Européens retirent-ils leurs réserves d’or des États-Unis?
L'or est une valeur refuge, un actif financier dont la valeur peut même augmenter en période de crise..
Depuis plusieurs années, des pays européens comme l’Allemagne, la France et les Pays-Bas retirent discrètement une partie de leurs réserves d’or stockées aux États-Unis pour les rapatrier en Europe. Par exemple, l’Allemagne a terminé en 2016 le retrait de ses 111 tonnes d’or conservées aux États-Unis, tandis que la France a vendu ses 129 tonnes situées à New York avant d’en racheter l’équivalent en Europe. Les Pays-Bas ont quant à eux transféré 86 des 313 tonnes de leur réserve d’or, dont 7 tonnes originaires du Canada, vers la Banque d’Angleterre. Ces mouvements s’inscrivent dans une stratégie de diversification et de sécurisation des actifs nationaux, motivée par des tensions géopolitiques croissantes et une volonté de mieux préparer les pays à d’éventuelles crises.
L’or est considéré comme une valeur refuge, c’est-à-dire un actif dont la valeur reste stable, voire augmente, en période de crise économique, d’inflation ou d’incertitude politique. Contrairement à d’autres actifs financiers, l’or conserve sa valeur dans le temps et peut être facilement échangé contre des devises sur les marchés mondiaux. Cette caractéristique en fait un outil de sécurité pour les banques centrales, qui cherchent à protéger les réserves de leur pays. Cependant, pour être utilisable, l’or doit être accessible rapidement. Les Pays-Bas ont ainsi jugé que leurs réserves stockées à New York et Ottawa étaient moins facilement mobilisables en cas de besoin, préférant les déplacer vers Londres, un centre financier majeur et historique du marché de l’or.
La décision des pays européens de rapatrier leur or s’explique en partie par un manque de confiance envers les États-Unis, notamment en raison de l’imprévisibilité de l’administration de Donald Trump. Selon des économistes comme Steven Williamson, professeur à l’Université Western Ontario, les États-Unis pourraient unilatéralement geler ou confisquer les avoirs d’un pays, comme cela a été fait pour la Russie en 2022. Cette crainte est renforcée par le fait que les avoirs russes ont effectivement été gelés lors de la guerre en Ukraine. Les Pays-Bas, comme d’autres pays européens, préfèrent donc sécuriser leurs réserves dans des lieux plus stables et accessibles, comme Londres, qui dispose d’infrastructures financières et logistiques bien établies pour le commerce de l’or.
Londres est depuis des siècles un centre majeur du commerce et de la finance mondiale, notamment pour l’or. La ville domine ce marché depuis le XVIIIe siècle, grâce à son accès aux colonies et à ses infrastructures logistiques et financières bien rodées. Elle est aujourd’hui considérée comme l’un des meilleurs endroits pour stocker de l’or, car elle offre une liquidité élevée et des circuits de transport et d’assurance fiables. Selon un sondage du Conseil mondial de l’or, la Banque d’Angleterre est d’ailleurs la destination la plus prisée par les banques centrales pour entreposer leurs réserves d’or. Cette préférence s’explique par la stabilité et la légitimité historique de Londres dans ce domaine.
Les banques centrales diversifient de plus en plus les lieux où elles stockent leurs réserves d’or afin de réduire les risques et d’assurer une accessibilité constante. Cette tendance s’explique par l’augmentation de leurs achats d’or : entre 2022 et 2026, les banques centrales ont accumulé en moyenne 1 000 tonnes d’or par an, contre 500 tonnes en moyenne sur la décennie précédente. Cette demande accrue a également fait grimper le prix de l’or, qui a dépassé pour la première fois les 5 000 dollars américains l’once en janvier 2026. Les pays européens, en rapatriant une partie de leurs réserves, suivent cette logique de diversification pour mieux protéger leurs actifs face aux incertitudes économiques et politiques.
Contrairement aux autres pays du G7, le Canada ne détient aucune réserve d’or. En 2016, Ottawa a vendu ses derniers lingots pour diversifier son portefeuille et investir dans des actifs plus liquides. Cette décision a été justifiée par des économistes comme Steven Williamson, qui estiment que les réserves d’or ne sont pas toujours sûres ou suffisamment liquides. Cependant, d’autres experts, comme M. O’Connor, soulignent que l’or reste un actif stable et précieux, surtout pour un pays comme le Canada, qui est un important producteur d’or, notamment dans la région du Nunavut. La question de la détention d’or par le Canada reste donc sujette à débat parmi les économistes.

