Pourquoi y a-t-il des exécutions ratées aux États-Unis?
La condamnée à mort Christa Pike n'est pas la première détenue dont la mise à mort a été ratée cette année..
Depuis son introduction aux États-Unis, la peine de mort par injection létale connaît des échecs réguliers. Selon Austin Sarat, professeur de science politique au Amherst College, 7 % des exécutions par cette méthode ont échoué entre son introduction et 2010, un taux qui aurait légèrement augmenté depuis, atteignant près de 8 % aujourd’hui. Ces échecs incluent des prolongations de souffrance ou une mort non immédiate. Depuis 2021, l’organisme Death Penalty Information Centre a recensé 11 exécutions ratées aux États-Unis. Par exemple, Christa Pike, condamnée au Tennessee, a survécu à deux injections létales en 2024, devenant la première personne à survivre à cette méthode dans cet État. Ces incidents relancent le débat sur la légitimité et l’humanité de la peine capitale.
La majorité des exécutions ratées aux États-Unis sont dues à des difficultés techniques lors de l’administration de l’injection létale. Les bourreaux, souvent des gardiens de prison ou des volontaires sans formation médicale approfondie, peinent à poser un cathéter intraveineux ou à trouver une veine adaptée. Par exemple, en 2009 dans l’Ohio, un condamné a été piqué 18 fois sur les bras, les jambes et les pieds avant que l’exécution ne soit annulée, son os ayant même été atteint. Ces échecs s’expliquent par le manque de formation : certains États exigent une formation médicale de base, mais d’autres se contentent d’instructions rudimentaires. Comme l’explique Charles Perroud, coordonnateur pour l’abolition de la peine de mort à Amnistie internationale Canada francophone, ces agents agissent souvent par obligation ou pour une hausse de salaire, sans expertise réelle.
L’Association médicale américaine interdit à ses membres de participer aux exécutions, jugées contraires à l’éthique médicale. Cette règle prive les États d’experts capables d’administrer correctement les injections létales. Les exécutions sont donc souvent confiées à du personnel pénitentiaire, parfois sans aucune expérience médicale. Par exemple, en 2024 au Tennessee, l’exécution de Tony Carruthers a dû être interrompue car les bourreaux ne parvenaient pas à poser un cathéter. Face à cette situation, certains États, comme l’Idaho en juillet 2024, ont commencé à réintroduire des méthodes d’exécution plus traditionnelles, comme le peloton d’exécution, jugées plus fiables par les autorités locales.
L’injection létale repose initialement sur une combinaison de trois médicaments : un anesthésique pour endormir le condamné, un agent paralysant pour bloquer les muscles, et du chlorure de potassium pour arrêter le cœur. Cependant, sous la pression d’opposants à la peine de mort, des entreprises pharmaceutiques comme Pfizer ou Lundbeck ont refusé de fournir ces substances aux États américains. Pour contourner cette pénurie, les prisons se sont tournées vers des pharmacies de préparation, qui fabriquent des médicaments sur mesure sans être soumises aux contrôles stricts de la Food and Drug Administration (FDA), l’agence fédérale américaine chargée de la sécurité des médicaments. Ces produits, souvent mal dosés ou mal conservés, augmentent les risques d’échec des exécutions.
Face aux nombreux échecs de l’injection létale, certains États américains envisagent de revenir à des méthodes d’exécution plus anciennes, comme la *chaise électrique*, la *pendaison* ou le *peloton d’exécution*. Par exemple, l’Idaho a fait du peloton d’exécution sa principale méthode en juillet 2024. Francis Langlois, professeur d’histoire au *Cégep de Trois-Rivières*, souligne que ces méthodes, bien que critiquées pour leur violence, sont perçues comme plus fiables par les autorités. Cependant, leur réintroduction suscite des débats, car elles sont souvent associées à des souffrances prolongées et à des risques d’erreur humaine. Ces changements reflètent l’impasse dans laquelle se trouvent les États-Unis concernant la peine de mort.

