« Pas juste une carte de statut » : deux candidats autochtones se font entendre
Moins nombreux qu’en 2022, six candidats autochtones veulent malgré tout faire entendre leur voix à Québec..
Lors des élections provinciales québécoises du 5 octobre 2026, seulement six candidats autochtones se présentent, soit un recul par rapport aux neuf candidats de l’élection précédente en 2022. Parmi eux, on compte cinq hommes et une femme, issus principalement des communautés innues et anishnabeg. Ces candidats représentent différents partis politiques : la Coalition avenir Québec (CAQ), Québec solidaire (QS), le Parti libéral du Québec (PLQ) et le Parti québécois (PQ). Aucun candidat autochtone ne se présente sous la bannière du Parti conservateur du Québec (PCQ). En 2022, seule Kateri Champagne Jourdain, une Innue, avait été élue sous la bannière de la CAQ dans la circonscription de Duplessis. Cette année, elle se représente pour un nouveau mandat, tandis que Jani Bellefleur-Kaltush, également Innue, est candidate pour QS dans la même circonscription. Les autres candidats autochtones sont Randy Legault-Rankin (PLQ) dans Laurier-Dorion, David Logue (PLQ) dans Gatineau, Bryan Gingras (QS) dans Marguerite-Bourgeoys, et Simon-Pierre Savard-Tremblay (PQ) dans Saint-Hyacinthe.
Les candidats autochtones soulignent l’importance de leur participation aux élections pour faire entendre leurs voix et leurs revendications. Randy Legault-Rankin, candidat libéral dans Laurier-Dorion, explique que son engagement vise à briser les structures coloniales et à apporter une perspective autochtone dans les débats politiques. Il rappelle que « être Autochtone, c’est politique », surtout en milieu urbain où les structures dominantes peuvent marginaliser leurs réalités. Jani Bellefleur-Kaltush, candidate de QS dans Duplessis, insiste sur le fait qu’elle ne se considère pas comme un « bouchon » ou un candidat symbolique, mais comme une personne déterminée à défendre des enjeux concrets comme l’application du Principe de Joyce, qui vise à garantir des services adaptés aux Autochtones. Les deux candidats rejettent l’idée d’être instrumentalisés par les partis politiques et affirment vouloir contribuer activement aux décisions politiques.
Les candidats autochtones mettent en avant plusieurs priorités qui, selon eux, sont souvent ignorées lors des campagnes électorales. Parmi ces enjeux figurent la reconnaissance du racisme systémique au Québec, la gestion des ressources naturelles comme la forêt, et l’application concrète de la Déclaration des Nations unies sur les droits des peuples autochtones. Jani Bellefleur-Kaltush rappelle que plusieurs chefs autochtones ont récemment dénoncé l’absence de ces sujets dans le débat électoral. Elle souligne que les Autochtones ne veulent plus être réduits à leur carte de statut indien ou à des stéréotypes, mais être considérés comme des citoyens à part entière avec des besoins spécifiques. Randy Legault-Rankin ajoute que la lutte contre le racisme systémique est un combat central pour les communautés autochtones, notamment en milieu urbain où les discriminations peuvent être plus difficiles à identifier.
Les deux candidats autochtones reconnaissent que leur campagne n’est pas sans défis. Jani Bellefleur-Kaltush évoque les commentaires négatifs et parfois irrespectueux reçus sur les réseaux sociaux, ce qui a nécessité un soutien pour protéger sa santé mentale. Malgré ces difficultés, elle décrit l’expérience comme enrichissante et éducative, notamment grâce à l’énergie de son équipe composée de jeunes militants locaux. Randy Legault-Rankin, quant à lui, souligne que mener une campagne électorale est un apprentissage constant, où tout se construit « en plein vol ». Il se présente comme un candidat déterminé à apporter son expérience communautaire à l’Assemblée nationale, affirmant vouloir être « cet Autochtone fatigant » qui s’impose dans les débats pour faire entendre les besoins des siens. Les deux candidats insistent sur l’importance de la mobilisation citoyenne et encouragent les Autochtones à voter selon leurs valeurs.
Les élections provinciales québécoises de 2026 se déroulent dans un contexte où la participation autochtone aux scrutins reste faible, notamment aux élections provinciales. Cette faible mobilisation a poussé certains candidats autochtones à se présenter pour tenter de changer cette dynamique. Les chefs autochtones ont récemment manifesté leur mécontentement face à l’absence de leurs priorités dans les débats électoraux, rappelant que les enjeux autochtones doivent être pris au sérieux. Les candidats autochtones espèrent que leur présence contribuera à rendre visibles des problématiques souvent négligées, comme l’accès aux services sociaux, la gestion des terres ou la lutte contre les discriminations. Leur engagement vise à montrer que les Autochtones ne sont pas des électeurs passifs, mais des acteurs politiques à part entière.

