Première depuis 1945 : l’extrême droite allemande à la présidence d’un Parlement régional
Le président doit diriger les séances parlementaires, au sein du « Conseil des sages »..
Pour la première fois depuis 1945, l’extrême droite allemande a obtenu la présidence d’un Parlement régional en Saxe-Anhalt. Ce vote, survenu le 6 octobre 2026, marque un tournant politique dans cette région de l’ex-Allemagne de l’Est. Le candidat de l’Alternative pour l’Allemagne (AfD), Tobias Rausch, a été élu avec 48 voix sur 82 députés, soit quatre voix de plus que prévu. L’AfD, parti classé à l’extrême droite, est connu pour ses positions anti-immigration et son soutien à la Russie. Ce succès s’inscrit dans un contexte de montée en puissance de l’AfD, qui avait déjà remporté les élections régionales en Saxe-Anhalt un mois plus tôt, en battant les conservateurs du chancelier Friedrich Merz. La CDU, parti conservateur de Merz, voit sa popularité s’effondrer dans les sondages au profit de l’AfD.
Le président d’un Parlement régional allemand, appelé Landtag, joue un rôle clé dans l’organisation des travaux législatifs. Il dirige les séances, fixe l’ordre du jour avec un Conseil des sages, et gère l’administration de l’assemblée. Tobias Rausch, 35 ans, a promis lors de son discours d’investiture d’être transparent et à l’écoute des différentes opinions. Son élection a suscité des réactions contrastées : les sociaux-démocrates l’ont jugée regrettable, tandis que les Verts ont affirmé ne pas se laisser intimider. Rausch est issu d’une famille liée à l’AfD, son père ayant été vice-président du parti en Saxe-Anhalt, ce qui a alimenté des soupçons de népotisme. Malgré ces controverses, il a obtenu un soutien inattendu, notamment de la part de 15 députés conservateurs de la CDU, laissant planer des doutes sur d’éventuels transfuges.
L’AfD, dirigée au niveau national par Alice Weidel et Tino Chrupalla, mise sur une stratégie d’isolement des autres partis pour s’imposer. En Saxe-Anhalt, son chef régional Ulrich Siegmund, 35 ans, vise la majorité absolue lors de l’élection du chef de l’exécutif en décembre 2026. Pour y parvenir, il doit convaincre au moins trois députés d’autres partis de voter pour lui. Cependant, aucune formation politique n’a encore ouvertement accepté de coopérer, malgré des contacts confirmés avec des élus de la CDU. L’AfD a déjà remporté une deuxième victoire en Mecklembourg-Poméranie occidentale en septembre 2026, mais une coalition de gauche y gouverne. Au niveau national, l’AfD dépasse désormais les 30 % dans les sondages, devant les conservateurs de 13 points, ce qui fragilise le chancelier Merz et sa coalition avec les sociaux-démocrates.
La montée de l’AfD a provoqué une crise au sein des partis traditionnels. La CDU, dirigée par Friedrich Merz, refuse catégoriquement toute coopération avec l’extrême droite, suivant une politique appelée pare-feu (Brandmauer en allemand). Pourtant, le vote pour la présidence du Parlement en Saxe-Anhalt a révélé des failles dans cette stratégie, avec un soutien inattendu de la part de députés conservateurs. Le parti de gauche radicale BSW, dirigé par Sahra Wagenknecht, a ouvert la porte à des coopérations ponctuelles avec l’AfD, bien qu’il exclue de voter pour Siegmund. Cette position divise : certains, comme Christian Leye du BSW, prônent un débat sur le fond plutôt qu’un rejet systématique, tandis que d’autres, comme les Verts, refusent toute collaboration. Des manifestants se sont rassemblés devant le Parlement pour rappeler l’importance de la Constitution allemande, distribuant des exemplaires de ses 20 premiers articles.
La Saxe-Anhalt, région de l’ex-Allemagne de l’Est, est un bastion historique de l’AfD. Son élection à la présidence du Parlement régional pourrait ouvrir la voie à une première gouvernance de l’extrême droite dans un Land depuis 1945. Ulrich Siegmund, figure montante de l’AfD, incarne cette dynamique. Cependant, la tâche s’annonce difficile : l’AfD manque d’alliés naturels, et la majorité des partis allemands maintiennent leur politique de *pare-feu*. La région, comme le Mecklembourg-Poméranie occidentale, est marquée par des tensions sociales et une défiance envers les partis traditionnels. Les élections de décembre 2026 seront déterminantes pour savoir si l’AfD peut transformer son influence électorale en pouvoir exécutif.

