Pour la première fois depuis 1945, l'extrême droite allemande obtient la présidence d'un parlement régional
Un mois après avoir triomphé lors des élections du Land de Saxe-Anhalt, le parti d'extrême droite Alternative pour l'Allemagne (AfD) a décroché, mardi 6 octobre, la présidence du Parlement régional. Il s'agit de la première fois depuis la fin du Troisième Reich qu'il est présidé par le représentant d'un parti d'extrême droite.
Pour la première fois depuis 1945, l'AfD (Alternative für Deutschland), un parti classé à l'extrême droite en Allemagne, a obtenu la présidence d'un parlement régional. Cet événement s'est produit en Thuringe, un Land (région administrative allemande) situé dans l'ex-Allemagne de l'Est. Le vote a eu lieu le 5 février 2020 lors d'une session du Landtag (parlement régional) à Erfurt, la capitale thuringienne. Ce résultat marque un tournant politique dans un pays où l'extrême droite n'avait plus occupé une telle fonction depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. L'AfD a bénéficié d'un contexte de mécontentement social et économique dans cette région, souvent perçue comme moins prospère que l'ouest du pays.
La Thuringe est un Land de 2,1 millions d'habitants, marqué par une tradition industrielle forte mais aussi par un déclin économique post-réunification. Depuis 2014, l'AfD y réalise des scores électoraux élevés, dépassant parfois 20 % des voix. En 2019, lors des élections régionales, le parti avait obtenu 23,4 % des suffrages, devenant la deuxième force politique du Landtag. Cette progression s'inscrit dans un mouvement plus large en Allemagne, où l'AfD est désormais représenté dans tous les parlements régionaux. La présidence du parlement thuringien a été attribuée à un membre de l'AfD, Thomas Kemmerich, grâce à une alliance inédite avec les partis CDU (Union chrétienne-démocrate, centre-droit) et FDP (Parti libéral-démocrate, centre).
L'élection de Thomas Kemmerich à la présidence du Landtag a provoqué une vague de réactions politiques et médiatiques en Allemagne. Plusieurs figures politiques, dont la chancelière Angela Merkel, ont critiqué cette alliance, la qualifiant de « coup politique » et de « trahison des valeurs démocratiques ». Le SPD (Parti social-démocrate) et les Verts ont dénoncé une normalisation de l'extrême droite, tandis que des manifestations ont éclaté dans plusieurs villes allemandes. Kemmerich, ancien membre de la CDU, a justifié son choix par la nécessité de « stabiliser la démocratie » face à une Assemblée fragmentée. Cependant, sous la pression, il a finalement démissionné le 8 février 2020, moins de trois jours après son élection.
La démission de Kemmerich a plongé la Thuringe dans une crise institutionnelle. Le *Landtag* est désormais paralysé, incapable de désigner un nouveau président. Une nouvelle élection doit être organisée, mais aucun accord politique n'émerge pour l'instant. Les partis traditionnels (CDU, SPD, Verts) refusent de s'allier avec l'*AfD*, tandis que ce dernier maintient sa pression. Cette situation illustre les tensions croissantes en Allemagne autour de la montée de l'extrême droite, notamment dans les régions de l'Est. Elle soulève aussi des questions sur la capacité des institutions à résister à la polarisation politique, dans un contexte où l'*AfD* reste un acteur clé dans plusieurs *Länder*.

