Envie de dormir : troubles dans le sommeil : Anton Tchekhov, fatigué de la vie
“Il n'est pas de plus grand plaisir dans la vie que de s'endormir quand on a sommeil” : signé Tchekhov. Et dormir, ça le connaît.
Anton Tchekhov, écrivain russe majeur du XIXe siècle, associe dans son œuvre le sommeil à une expérience ambivalente. Dans sa nouvelle Envie de dormir, il décrit non pas le plaisir de s'endormir, mais une fatigue profonde et existentielle. Cette nouvelle illustre une vision du sommeil comme symptôme d'un malaise plus large, où l'épuisement physique se double d'une lassitude morale. Tchekhov, médecin de formation, observe ainsi les liens entre le corps et l'esprit, une approche qui traverse toute son œuvre littéraire. Son écriture, souvent réaliste, met en lumière les tourments intérieurs de ses personnages à travers des détails du quotidien, comme ici le sommeil.
La fatigue décrite par Tchekhov dans Envie de dormir dépasse la simple lassitude physique. Elle incarne une fatigue existentielle, c'est-à-dire un épuisement lié à l'existence elle-même, à son absurdité ou à son manque de sens. Ce concept, proche de la nausée décrite par Jean-Paul Sartre ou de l'ennui chez les philosophes romantiques, suggère que le personnage principal est accablé par la vie, sans pour autant pouvoir en identifier clairement la cause. Cette fatigue se manifeste par une incapacité à trouver du réconfort, même dans le repos. Emma Guillet, docteure en philosophie et spécialiste de la philosophie russe, analyse cette dimension dans l'émission Avec philosophie sur France Culture.
Tchekhov a exploré cette fatigue existentielle dans plusieurs de ses œuvres, bien au-delà de la nouvelle Envie de dormir. Ses récits, souvent centrés sur des personnages ordinaires confrontés à des dilemmes moraux ou sociaux, révèlent une humanité vulnérable et désenchantée. Son style, caractérisé par une grande économie de moyens et une attention aux détails, permet de saisir des états d'âme complexes à travers des situations apparemment banales. Cette approche a marqué la littérature mondiale et influencé des mouvements comme le réalisme ou le modernisme. Emma Guillet souligne que cette préoccupation pour la fatigue de vivre est récurrente dans la pensée russe, reflétant peut-être des tensions historiques et sociales propres à la Russie du XIXe siècle.
Emma Guillet, invitée dans l'émission Avec philosophie sur France Culture, propose une lecture philosophique de la fatigue chez Tchekhov. Elle y voit une illustration des questions existentielles qui traversent la philosophie russe, notamment l'influence de penseurs comme Léon Tolstoï ou Fiodor Dostoïevski. Pour Guillet, cette fatigue n'est pas seulement un thème littéraire, mais une porte d'entrée vers des réflexions plus larges sur le sens de la vie, la liberté individuelle et les limites de la condition humaine. L'émission, diffusée le lundi 12 octobre 2026, s'inscrit dans la chronique Le pourquoi du comment : Philo, qui explore des concepts philosophiques à travers des œuvres culturelles.
L'article mentionne le podcast *Avec philosophie* de Radio France, une émission qui aborde des sujets philosophiques en lien avec des œuvres artistiques ou littéraires. Diffusée le lundi 12 octobre 2026, cette chronique s'intitule *Le pourquoi du comment : Philo* et s'inscrit dans la programmation culturelle de France Culture. Radio France, groupe audiovisuel public français, propose ainsi des contenus accessibles au grand public pour démocratiser la philosophie. L'émission s'appuie sur des intervenants spécialistes, comme Emma Guillet, pour éclairer des œuvres ou des concepts sous un angle à la fois rigoureux et vulgarisé.

