En Ouzbékistan, Marco Rubio pousse l’avantage américain
Les États-Unis comptent renforcer en Asie centrale leur présence commerciale et diplomatique..
Marco Rubio, secrétaire d’État américain et conseiller à la sécurité nationale, s’est rendu en Ouzbékistan le 19 octobre 2026 pour renforcer les liens entre les États-Unis et les cinq pays d’Asie centrale (Kazakhstan, Kirghizstan, Tadjikistan, Turkménistan, Ouzbékistan). Cette visite s’inscrit dans le cadre du C5+1, une plateforme de dialogue et de coopération créée pour favoriser les échanges diplomatiques et économiques entre les États-Unis et ces nations. Samarcande, ville historique de l’ancienne Route de la Soie, a été choisie pour son symbole : elle fut autrefois un carrefour majeur du commerce entre l’Asie, l’Europe et le Moyen-Orient. Rubio a participé à des réunions bilatérales et conjointes, avant de se rendre en Inde les jours suivants. L’objectif affiché était double : promouvoir la diplomatie et développer les partenariats commerciaux, dans un contexte où les négociations internationales sur l’Ukraine et l’Iran sont au point mort.
Lors de cette visite, les États-Unis ont signé avec l’Ouzbékistan plus de 50 contrats d’une valeur totale de 12 milliards de dollars. Ces accords couvrent plusieurs secteurs clés : la technologie, la modernisation industrielle, les transports et l’énergie. Une délégation de près de 300 entreprises américaines était présente pour négocier ces partenariats. Marco Rubio a souligné que ces initiatives visaient à renforcer la présence américaine en Asie centrale, sans exclure une compétition avec d’autres puissances. Interrogé sur l’influence croissante de la Chine dans la région, il a répondu que les États-Unis souhaitaient simplement « rivaliser à armes égales » et offrir aux entreprises américaines les mêmes opportunités que leurs concurrents étrangers. Cette approche reflète une stratégie plus large de diversification des partenariats économiques en Asie centrale.
L’Asie centrale est au cœur d’un projet de corridor commercial appelé corridor médian ou route transcaspienne. Cette voie alternative part de Chine, traverse l’Asie centrale, le Caucase, la Turquie, puis atteint l’Europe. Elle est soutenue par les États-Unis et l’Union européenne comme une solution pour contourner la Russie, dont les sanctions et le conflit en Ukraine ont perturbé les routes commerciales traditionnelles. Selon la Banque mondiale, les volumes de marchandises transportés par cette route ont augmenté de 668 % entre 2021 et 2024. Ce corridor permet de réduire les temps de livraison et d’éviter les itinéraires plus risqués, comme la mer Rouge ou le canal de Suez, souvent encombrés, ou les routes terrestres passant par la Russie, désormais compliquées par les sanctions occidentales. Cependant, les infrastructures de cette route sont encore largement financées par la Chine.
L’Asie centrale, vaste comme l’Union européenne mais peuplée de seulement 80 millions d’habitants, est une région stratégique en raison de ses immenses réserves de matières premières. Historiquement liée à la Russie par des réseaux énergétiques, migratoires et sécuritaires, son influence s’érode depuis le début de la guerre en Ukraine. La Chine est désormais le principal partenaire commercial de toutes les républiques d’Asie centrale, avec des accords croissants dans les secteurs de l’énergie, comme l’approvisionnement en gaz naturel au Turkménistan, en uranium au Kazakhstan ou en terres rares au Tadjikistan. Les États-Unis cherchent à contrebalancer cette domination en misant sur les minéraux critiques et la diversification énergétique. Lors de sa visite, Marco Rubio n’a pas abordé la question des droits humains dans ces pays autoritaires, privilégiant les échanges économiques et diplomatiques.
Cette tournée de Marco Rubio en Asie centrale intervient alors que les négociations concernant les guerres en Ukraine et en Iran sont dans l’impasse. Certains observateurs y voient un déplacement des priorités américaines, les dossiers chauds étant laissés aux émissaires du président Donald Trump, Steve Witkoff et Jared Kushner. Interrogé sur le conflit en Ukraine, Rubio a affirmé qu’il n’y avait eu « aucune pause » dans le partage de renseignements avec Kiev, tout en appelant le président ukrainien Volodymyr Zelensky à se concentrer sur les moyens de mettre fin à la guerre. Cette visite illustre la volonté des États-Unis de renforcer leur influence en Asie centrale, un territoire où la compétition avec la Chine et la Russie se joue autant sur le plan économique que géopolitique.

