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Généraliste

Derrière la puissance chinoise, la sinologue Anne Cheng s’inquiète d’une pensée étouffée

ICI Radio-Canada · mis à jour il y a 19 j

Au moment où Pékin s'impose, la sinologue Anne Cheng s’inquiète pour l’avenir du pays sans pensée libre..

Puissance chinoise et libertés

La sinologue Anne Cheng, spécialiste de l'histoire intellectuelle de la Chine au Collège de France, s'inquiète de l'équilibre entre la puissance économique croissante de la Chine et la réduction des libertés individuelles et de la pensée libre. Selon elle, la fascination internationale pour la croissance chinoise occulte souvent les restrictions imposées par le régime, notamment après des événements comme le massacre de la place Tiananmen en 1989, où les réactions internationales se sont rapidement recentrées sur les échanges économiques plutôt que sur les droits humains. Cheng souligne que cette priorité donnée aux intérêts économiques, qu'elle qualifie de business first, domine les relations diplomatiques avec Pékin, comme en témoignent les récentes rencontres entre dirigeants chinois et occidentaux, comme celle du président chinois à Washington en janvier 2026 ou la visite du premier ministre canadien Mark Carney à Pékin pour renforcer les partenariats commerciaux.

Technologies et contrôle social

Anne Cheng met en lumière le rôle des technologies avancées, comme la robotique et l'intelligence artificielle (IA), dans la stratégie du pouvoir chinois. Ces innovations, souvent présentées comme des symboles de progrès, servent aussi à renforcer le contrôle politique et social. Par exemple, lors des World Robot Games en Chine, un robot humanoïde a battu un record de vitesse, illustrant les avancées technologiques du pays. Cependant, Cheng explique que ces outils sont utilisés pour surveiller la population et limiter les contestations, car ils sont directement placés sous le contrôle du Parti communiste chinois. Elle souligne que cette efficacité à court terme pourrait menacer la créativité et l'innovation à long terme, essentielles pour le développement durable d'un pays.

Contrôle du récit historique

La sinologue Anne Cheng, experte du philosophe chinois Confucius, explique comment le régime chinois réinterprète l'histoire pour servir ses intérêts politiques. Confucius, longtemps marginalisé pendant la Révolution culturelle (1966-1976), est aujourd'hui réhabilité, mais sa pensée est soigneusement révisée pour légitimer l'autorité du Parti communiste. Cheng précise que seules les citations de Confucius mettant en avant la hiérarchie et le respect de l'autorité sont mises en avant, tandis que ses idées critiques envers le pouvoir sont ignorées. Elle rappelle que des figures comme Confucius, Bouddha, Socrate ou le Christ ont historiquement questionné les pouvoirs en place, mais que cette dimension est effacée dans le récit officiel chinois actuel.

Intellectuels chinois sous pression

Anne Cheng a codirigé en 2025 un ouvrage intitulé Penser en résistance dans la Chine d’aujourd’hui, qui donne la parole à des intellectuels chinois (historiens, sociologues, anthropologues) analysant objectivement la réalité du pays. Elle explique que ces chercheurs, bien que non dissidents, subissent une forte pression pour éviter toute critique du régime. Même une analyse neutre et factuelle de la situation chinoise est perçue comme une menace par le pouvoir, ce qui pousse certains à l'exil, comme au Japon. Cheng souligne que cette censure intellectuelle limite les possibilités de pensée libre, un élément clé pour l'innovation et le progrès à long terme.

Canada et dépendance économique

Le Canada, cherchant à diversifier ses partenaires commerciaux face aux tensions avec les États-Unis, renforce ses liens économiques avec la Chine. Le premier ministre Mark Carney s'est rendu à Pékin en janvier 2026 pour annoncer un partenariat stratégique dans les secteurs de l'énergie, de l'agroalimentaire et du commerce, avec un objectif d'augmenter de 50 % les exportations canadiennes vers la Chine d'ici 2030. Anne Cheng critique cette approche, estimant que certains acteurs économiques et politiques ont intérêt à minimiser les critiques envers la Chine, car leurs activités dépendent de ces échanges. Elle souligne aussi que la politique de Donald Trump, axée sur les rapports de force économiques, a indirectement renforcé l'attrait de Pékin pour d'autres pays.

Ce que ça pourrait changer

Malgré la puissance apparente de la Chine, Anne Cheng refuse de considérer son avenir comme déterminé. Elle rappelle que les régimes autoritaires les plus solides peuvent s'effondrer rapidement, comme l'histoire l'a montré à plusieurs reprises. Sa préoccupation principale reste la capacité de la Chine à préserver un espace pour la pensée libre et l'innovation, essentiels pour un développement durable. Elle s'inquiète particulièrement pour les générations futures en Chine, ainsi que pour ses proches vivant sur place. Cheng conclut en insistant sur la nécessité de ne pas se laisser aveugler par les succès économiques à court terme, mais de considérer les risques à long terme pour la société chinoise.

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