Une rare piste d’empreintes de T. rex adulte découverte aux États-Unis
Jusqu'à présent, seules deux empreintes fossiles isolées attribuées au T. rex avaient été découvertes..
Pour la première fois, une piste composée de quatre empreintes consécutives d’un Tyrannosaurus rex (T. rex) adulte a été découverte dans la formation géologique de Hell Creek, située dans l’État du Dakota du Nord aux États-Unis. Ces empreintes, préservées sur environ 7 mètres, datent d’il y a environ 66,5 millions d’années, soit à la fin du Crétacé, une période géologique qui a précédé l’extinction massive des dinosaures. Cette découverte est exceptionnelle car, jusqu’à présent, seulement deux empreintes isolées de T. rex avaient été identifiées, l’une au Montana et l’autre au Nouveau-Mexique. Les empreintes fossiles sont des traces laissées par des animaux dans des sédiments mous qui se sont ensuite solidifiés en roche au fil du temps. Leur conservation permet aux scientifiques d’étudier le comportement, la taille et la locomotion des espèces disparues.
Les empreintes ont été découvertes dans des roches datant de la toute fin du Crétacé, une période où le T. rex dominait l’Amérique du Nord. Selon François Therrien, paléontologue au Musée royal Tyrrell de paléontologie en Alberta, cette zone était alors un écosystème où le T. rex régnait en maître, ayant remplacé d’autres espèces de tyrannosaures plus petites. La formation de Hell Creek, où la piste a été trouvée, est une région riche en fossiles de dinosaures, située dans l’ouest des États-Unis. Les roches de cette formation se sont formées à partir de sédiments déposés par des rivières et des lacs il y a des dizaines de millions d’années. Leur étude permet de reconstituer les paysages et les climats du passé.
La conservation exceptionnelle de ces empreintes s’explique par un processus de fossilisation particulier, décrit pour la première fois par François Therrien il y a une dizaine d’années. Contrairement aux empreintes classiques qui se forment dans la boue et sont recouvertes de sédiments, celles-ci ont été préservées sous forme de moulages en relief. Voici les étapes de ce processus : d’abord, l’animal a laissé une empreinte dans une boue très humide mais suffisamment ferme pour conserver la forme de son pied. Ensuite, en quelques jours, la trace s’est remplie d’eau, de sédiments fins et de débris organiques comme des feuilles ou des plantes. Des bactéries ont ensuite décomposé ces matières organiques, modifiant la chimie du milieu et provoquant la précipitation de minéraux durs. Enfin, l’érosion a éliminé la roche environnante plus tendre, ne laissant que les moulages en relief, composés de fer très résistant. Ce type de préservation est extrêmement rare et offre des indices précieux sur la biologie du T. rex.
Le Tyrannosaurus rex est un dinosaure carnivore de la famille des théropodes, mesurant jusqu’à 13 mètres de long, soit plus qu’un autobus scolaire, et pesant jusqu’à 10 tonnes, l’équivalent de deux éléphants d’Afrique. Il vivait dans l’ouest de l’Amérique du Nord, une région alors couverte de forêts et traversée par une immense mer intérieure reliant l’océan Arctique au golfe du Mexique. Son crâne pouvait atteindre 1,5 mètre de long, équipé de dents en forme de poignard pouvant mesurer jusqu’à 30 centimètres. Le T. rex est considéré comme l’un des prédateurs les plus redoutables de l’histoire, avec une force de morsure estimée à 8 tonnes par centimètre carré, suffisante pour broyer des os. Son nom signifie « roi des lézards tyrans » et a été attribué en 1905 par le paléontologue Henry Fairfield Osborn.
Les chercheurs estiment que le T. rex propriétaire de ces empreintes se déplaçait à une vitesse de 1,5 à 2 mètres par seconde, soit environ 5 à 7 km/h. Cette allure lente s’explique par le fait que les animaux évitent généralement de courir dans des zones boueuses pour ne pas glisser, un risque accru dans un environnement humide comme celui où les empreintes ont été préservées. François Therrien souligne que ce type de terrain est le seul capable de conserver des traces aussi détaillées, ce qui crée un biais naturel dans les observations des paléontologues. L’absence d’autres empreintes sur le site ne permet pas de déterminer si l’animal chassait ou se déplaçait simplement. La piste a été découverte en bordure d’une petite falaise, laissant espérer la découverte d’autres traces lors de futures fouilles.
Entre 77 et 69 millions d’années, plusieurs espèces de tyrannosaures coexistaient en Amérique du Nord, dont certaines mesuraient entre 9 et 10 mètres de long. Cependant, il y a environ 66,4 millions d’années, seules les populations de T. rex subsistaient sur le continent. Ce dinosaure est devenu le prédateur ultime de son écosystème après la disparition des autres espèces de tyrannosaures. À cette époque, l’Amérique du Nord était divisée par une mer intérieure géante, appelée la voie maritime intérieure de l’Ouest, qui reliait l’océan Arctique au golfe du Mexique. Le climat était beaucoup plus chaud qu’aujourd’hui, et le continent était recouvert de forêts denses, offrant un habitat propice aux grands dinosaures.
Cette nouvelle piste de *T. rex* aux États-Unis fait écho à plusieurs découvertes réalisées au Canada, où les fossiles de ce dinosaure restent relativement rares. En 2016, une mâchoire inférieure complète d’un jeune *T. rex* a été découverte dans le parc provincial Dry Island Buffalo Jump, en Alberta. Cette mâchoire, appartenant à un individu d’âge intermédiaire, a été reconstituée par une technicienne du Musée royal Tyrrell. Son étude a permis d’en apprendre davantage sur les méthodes d’alimentation et la force de morsure des tyrannosaures. Au Canada, trois squelettes de *T. rex* ont été découverts, dont « Scotty », le plus grand spécimen connu, mesurant 13 mètres de long et pesant 10 tonnes. Ce squelette, trouvé en Saskatchewan en 1991, est exposé au Musée de Regina.

