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Généraliste

Grogne persistante dans les régions sur l’immigration et les travailleurs étrangers

Le Devoir · mis à jour il y a 2 j

«Chez nous, il y a de la place dans les écoles. Chez nous, on est capables de les loger.».

Pénurie de main-d'œuvre

Plusieurs régions du Québec, comme Thetford Mines, Saguenay ou les Îles-de-la-Madeleine, font face à une pénurie persistante de travailleurs, ce qui affecte leur économie locale. Le maire de Thetford Mines, Marc-Alexandre Brousseau, souligne par exemple l'absence de classes modulaires (salles de classe temporaires ou mobiles) dans sa ville, mais surtout un manque criant de personnel dans divers secteurs. Cette situation pousse les élus locaux à demander plus de flexibilité pour recruter des travailleurs étrangers, qu'ils soient temporaires ou immigrants. Les travailleurs temporaires, souvent recrutés via des programmes comme le permis fermé (un visa de travail lié à un employeur spécifique), sont particulièrement recherchés car leurs coûts (santé, logement) sont pris en charge par leur employeur ou des assureurs privés, ce qui limite la pression sur les finances publiques. Le maire de Saguenay, Luc Boivin, insiste sur ce point pour montrer que ces travailleurs ne constituent pas une charge pour l'État.

Demandes des maires

Les maires des régions québécoises, réunis au sein de l'Union des municipalités du Québec (UMQ), expriment leur frustration face à un système d'immigration qu'ils jugent trop centralisé et inadapté à leurs réalités locales. Ils estiment que les décisions sont prises en fonction des besoins de Montréal, alors que leurs territoires manquent cruellement de main-d'œuvre. Par exemple, le maire de Thetford Mines souligne qu'il y a de la place dans les écoles et des logements disponibles dans sa région, contrairement à la métropole. De plus, ils critiquent le manque de consultation en amont : le ministère de l'Immigration du Québec planifie l'intégration des immigrants sans toujours tenir compte des besoins spécifiques des MRC (Municipalités régionales de comté, des divisions administratives locales). Certains, comme le maire des Îles-de-la-Madeleine, Antonin Valiquette, proposent une répartition plus équitable des immigrants sur le territoire, en fonction des besoins locaux plutôt que de quotas globaux.

Propositions des partis

Les partis politiques québécois ont des positions divergentes sur l'immigration et les travailleurs temporaires. Le Parti québécois (PQ) propose d'abaisser le seuil annuel d'immigration à 35 000 personnes et de limiter les travailleurs temporaires et étudiants étrangers à entre 200 000 et 250 000 sur quatre ans. À l'inverse, Québec solidaire souhaite accueillir jusqu'à 70 000 immigrants par an, tandis que la Coalition avenir Québec (CAQ) et le Parti conservateur du Québec veulent maintenir le seuil actuel à 45 000. Le Parti libéral du Québec (PLQ) préfère analyser les besoins avant de fixer des quotas. Ces débats sur les seuils (nombre maximal de personnes admises chaque année) sont perçus par certains maires, comme celui de Thetford Mines, comme un faux débat : selon eux, l'enjeu n'est pas le nombre total, mais la répartition géographique des immigrants et des travailleurs temporaires.

Conséquences locales

Les restrictions fédérales récentes sur les travailleurs temporaires ont déjà eu des répercussions concrètes dans certaines régions. Par exemple, le seul restaurant Tim Hortons des Îles-de-la-Madeleine a dû fermer ses portes après avoir été contraint de renvoyer des travailleurs philippins recrutés pour pallier le manque de personnel. Cette situation illustre les tensions entre les besoins locaux immédiats et les politiques nationales, qui ne tiennent pas toujours compte des réalités des petites communautés. Le maire de Baie-Saint-Paul, Michael Pilote, plaide pour une meilleure coordination entre le ministère de l'Immigration et les MRC, afin d'éviter des décisions brutales qui pourraient aggraver les pénuries. Ces exemples montrent que les règles nationales, conçues pour les grands centres urbains, peuvent avoir des effets disproportionnés sur les régions.

Ce que ça pourrait changer

Les maires des régions ont l'occasion de faire entendre leurs revendications lors de deux événements politiques majeurs en septembre 2026. D'abord, un sommet organisé par l'UMQ à Québec le 18 septembre, où les cinq chefs de parti (PQ, CAQ, PLQ, Québec solidaire, Parti conservateur) présenteront leurs priorités aux élus municipaux. Ensuite, le Congrès de la *Fédération québécoise des municipalités* (FQM), qui se tiendra du 23 septembre, réunira des maires et représentants des MRC pour discuter de sujets comme le financement des infrastructures et l'immigration. Ces rencontres sont l'occasion pour les élus locaux de souligner que les régions ne veulent pas être oubliées dans les débats sur l'immigration, qui sont souvent dominés par les enjeux des grandes villes comme Montréal.

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