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Les Québécois achètent maintenant plus de couches pour adultes que pour enfants

ICI Radio-Canada · mis à jour 4 sept.

La baisse des naissances au Québec est devenue un des enjeux importants de la campagne électorale..

Changement des habitudes

Au Québec, les ventes de couches pour adultes, principalement destinées aux personnes âgées souffrant d’incontinence, ont dépassé celles des couches pour enfants. Ce phénomène reflète deux tendances majeures : le vieillissement accéléré de la population et la baisse continue du nombre de naissances. En 2024, pour la première fois, le Québec a enregistré plus de décès que de naissances. Cette inversion des ventes a été documentée par les chaînes de pharmacies Jean-Coutu et Brunet, bien que les montants exacts restent confidentiels. Par exemple, Louise, 73 ans, utilise des culottes d’incontinence pour ses sorties, un choix qu’elle juge moins contraignant et plus discret que les protections classiques. Ces produits sont désormais omniprésents dans les rayons des pharmacies et font l’objet de publicités accrues depuis deux ans.

Démographie en mutation

En 2026, 23 % de la population québécoise a plus de 65 ans, un seuil qui vient de dépasser celui des moins de 19 ans. Cette tranche d’âge est celle qui consomme le plus de produits d’incontinence. Le Québec n’a jamais connu un taux de fécondité aussi bas : 1,34 enfant par femme en 2026, alors qu’il en faudrait 2,1 pour assurer le renouvellement des générations. Ce taux n’avait pas été aussi faible depuis 1970, une époque où les femmes étaient moins présentes sur le marché du travail et où l’accès à la contraception et à l’avortement était plus restreint. Historiquement, des mesures comme la création des Centres de la petite enfance en 1997 et l’instauration du Régime québécois d’assurance parentale (RQAP) en 2006 avaient permis une légère remontée des naissances, mais la crise économique de 2008 a stoppé cette progression.

Causes de la baisse des naissances

Deux chercheurs québécois, Benoît Laplante (INRS) et Julien Blouin (UQAM), ont publié une étude dans la revue Demographic Research en août 2026. Ils montrent que les intentions d’avoir des enfants ont chuté depuis 2011, avec une accélération marquée depuis 2017. Parmi les femmes de plus de 15 ans sans enfants, la moitié envisagent de rester sans enfant. Selon Benoît Laplante, cette baisse s’explique par un contexte d’incertitude généralisée, touchant les domaines écologique, économique, social et politique. Le coût de la vie, notamment celui du logement, est également pointé du doigt. Par exemple, en Colombie-Britannique, le taux de fécondité est encore plus bas qu’au Québec, avec seulement 1,02 enfant par femme. Un autre facteur est l’allongement des études et la priorité donnée à la carrière, qui retardent l’âge du premier enfant à 30 ans chez les Québécoises.

Réactions politiques

Les partis politiques québécois proposent diverses solutions pour inverser la tendance. Éric Duhaime, chef du Parti conservateur du Québec, prône des baisses d’impôt pour les familles et une aide financière dès la naissance d’un enfant. Le Parti québécois (PQ) mise sur des mesures pour réduire le coût de la vie, améliorer l’accès au logement et soutenir la fertilité. Québec solidaire rejette toute politique nataliste et propose plutôt d’augmenter les prestations du RQAP et de doubler le nombre de congés pour le deuxième parent. La Coalition avenir Québec (CAQ), dirigée par Christine Fréchette, mise sur un congé de paternité bonifié de deux semaines et une aide financière de 1000 $ par enfant dans le Régime enregistré d’épargne-études. La première ministre sortante rejette l’idée d’inciter à faire des enfants, privilégiant un allègement du poids financier pour les familles.

Ce que ça pourrait changer

Benoît Laplante et Sophie Mathieu, professeure à l’Université de Sherbrooke, estiment que les *bébé-bonus* (aides financières à la naissance) ne suffisent pas à relancer la natalité. Ils proposent plutôt de revaloriser le Régime québécois d’assurance parentale (RQAP). Actuellement, ce régime offre 70 % du salaire pour les sept premières semaines de congé parental, puis 55 % pour les 25 semaines suivantes. Selon Sophie Mathieu, ce taux de 55 % est trop faible et pénalise financièrement les familles. Benoît Laplante souligne que le RQAP est autofinancé par une cotisation dédiée, ce qui signifie qu’une augmentation des prestations ne coûterait pas plus cher à l’État. À l’origine, le RQAP devait offrir 75 % du salaire pour tout le congé, mais ce taux a été réduit. Les experts insistent sur la nécessité de créer un environnement où les couples n’ont plus peur d’avoir des enfants, en réduisant les freins financiers et professionnels.

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