Thélyson Orélien serait l’“intrus à abattre” de la rentrée littéraire française
Dans une lettre ouverte aux accents de pamphlet, Amadou Elimane Kane, écrivain, éditeur et éditorialiste sénégalais, revient sur le scandale qui a éclaté autour du roman “C’était ça ou mourir”. Selon lui, il fallait mal connaître le microcosme littéraire français pour espérer que le Goncourt puisse échoir à un romancier qui “vient d’ailleurs” et est “racisé”.
En septembre 2026, la rentrée littéraire française est secouée par une polémique autour du roman C’était ça ou mourir de Thélyson Orélien, un auteur québécois d’origine haïtienne. Le livre, publié en août 2026 aux éditions Grasset, raconte le parcours migratoire chaotique d’un professeur haïtien quittant son pays en crise. Initialement salué par la critique et primé (prix Fnac le 21 septembre 2026), le roman atteint la deuxième place des ventes avec 35 000 exemplaires écoulés en une semaine. Cependant, des accusations anonymes sur les réseaux sociaux prétendent que 95 % du texte aurait été généré par une intelligence artificielle (IA), déclenchant une crise médiatique et une suspension de la promotion du livre par les éditions Boréal.
Les allégations de tricherie numérique, apparues le 21 septembre 2026, ont provoqué une réaction en chaîne. Les organisateurs du festival Les Correspondances à Manosque, où Orélien devait promouvoir son livre, ont vu leur événement éclipsé par le scandale. Les éditions Boréal, qui avaient publié le roman au Canada, ont suspendu sa tournée promotionnelle le 24 septembre 2026. Ces accusations surviennent dans un contexte où l’IA suscite des débats sur son rôle dans la création artistique, notamment dans le domaine littéraire. Thélyson Orélien, jusqu’alors inconnu du grand public, est devenu malgré lui le symbole d’une controverse mêlant authenticité, mérite et technologie.
Amadou Elimane Kane, écrivain et éditorialiste sénégalais, a publié une lettre ouverte qualifiant Thélyson Orélien d’« intrus à abattre » dans le microcosme littéraire français. Selon lui, le succès du roman s’explique par un biais culturel : un auteur racisé (terme désignant une personne non blanche) et issu de l’étranger (« qui vient d’ailleurs ») ne pouvait remporter le prix Goncourt, l’un des plus prestigieux en France. Kane dénonce ainsi un système littéraire européenocentré, où les auteurs non blancs sont perçus comme des outsiders, voire des imposteurs, même lorsqu’ils produisent des œuvres saluées par la critique. Son texte, publié sur le site Seneplus, reflète une critique plus large des inégalités structurelles dans le monde de l’édition.
Cette affaire soulève plusieurs questions fondamentales pour le monde littéraire. D’abord, celle de l’authenticité des œuvres : comment distinguer un texte entièrement écrit par un humain d’un texte généré ou co-écrit par une IA, surtout lorsque les outils technologiques deviennent de plus en plus sophistiqués ? Ensuite, la polémique interroge les critères de reconnaissance des auteurs issus de la diaspora ou des pays du Sud global. Enfin, elle met en lumière les tensions entre tradition littéraire et innovation technologique, dans un secteur où la légitimité culturelle reste souvent liée à des normes historiques et géographiques. Le débat dépasse ainsi le cas d’Orélien pour toucher aux fondements mêmes de la création artistique contemporaine.
Les principaux acteurs de cette affaire sont Thélyson Orélien, auteur du roman controversé, et Amadou Elimane Kane, intellectuel sénégalais qui a critiqué le système littéraire français. Les éditions Grasset et Boréal jouent également un rôle central, en tant que maisons d’édition du livre. Le prix Fnac, décerné le 21 septembre 2026, et les statistiques de ventes (35 000 exemplaires) illustrent l’ampleur initiale du succès du roman. Enfin, les réseaux sociaux et les médias, qui ont amplifié les accusations, sont des vecteurs essentiels de la propagation du scandale. Cette affaire s’inscrit dans un contexte plus large de remise en question des hiérarchies culturelles et de montée des débats sur l’IA dans la création.

