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La foi, le courage et les valeurs de Gabriela Montero

Le Devoir · mis à jour 1 oct.

La pianiste, opposante la plus déclarée au régime vénézuélien, sera en concert à Montréal samedi..

Gabriela Montero, pianiste engagée

Gabriela Montero est une pianiste vénézuélienne mondialement reconnue, mais aussi une figure publique pour son opposition au régime politique de son pays. Depuis plus de dix ans, elle dénonce publiquement les dérives du gouvernement vénézuélien, notamment celui de Nicolás Maduro, successeur de Hugo Chávez. Elle critique aussi des artistes comme Gustavo Dudamel, chef d’orchestre vénézuélien, accusé d’avoir servi de vitrine au régime en participant à des événements officiels. Montero réside partiellement à Barcelone et se produit régulièrement en concert, comme à Montréal le 3 octobre 2025 avec l’Orchestre Métropolitain. Son engagement politique lui a valu des représailles, mais elle assume ce rôle par attachement profond à son pays et à son peuple.

L'incident déclencheur

Le 12 février 2014, lors de la Journée nationale de la jeunesse au Venezuela, une manifestation étudiante tourne au drame : trois personnes, dont l’étudiant Bassil Da Costa (23 ans), sont abattues par balle. Ce jour-là, l’Orchestre symphonique Simón Bolívar, dirigé par Gustavo Dudamel, donne un concert officiel à quelques mètres seulement des violences. Gabriela Montero, indignée par l’instrumentalisation de l’art pour masquer la réalité politique, publie une lettre sur ses réseaux sociaux dénonçant cette situation. L’Associated Press reprend son texte, provoquant un scandale international. Cet événement marque un tournant dans sa vie, la propulsant malgré elle au cœur d’un conflit politique et artistique.

Les représailles et l'isolement

Après avoir pris position, Gabriela Montero subit des représailles : annulations de concerts, portes fermées et attaques personnelles. Elle souligne que son statut de femme et son défi à des personnalités puissantes du monde musical aggravent sa situation. Montero explique que les artistes classiques, contrairement à d’autres milieux artistiques, sont souvent encouragés à rester neutres (« Contente-toi de jouer du piano. Tais-toi et joue »). Elle cite l’exemple de Dmitri Chostakovitch, qui utilisait sa musique pour critiquer le régime soviétique, comme rare exception. Malgré des soutiens, elle se sent souvent seule dans sa démarche, bien que des milliers de personnes partagent ses idées.

Le rôle d'El Sistema

El Sistema est un programme social vénézuélien créé dans les années 1970, offrant une éducation musicale gratuite aux enfants défavorisés. Sous les régimes de Chávez et Maduro, il est devenu un outil de propagande, bénéficiant d’un financement massif (plusieurs centaines de millions de dollars) pour promouvoir l’image du gouvernement. Les musiciens, dont ceux de l’Orchestre symphonique Simón Bolívar, ont ainsi reçu des conditions exceptionnelles, contrairement à d’autres professions comme les médecins ou les enseignants. Montero critique ce système, soulignant qu’il a servi à masquer les problèmes sociaux et économiques du Venezuela, où la population subit depuis 27 ans une crise profonde.

Critique de Gustavo Dudamel

Gustavo Dudamel, ancien directeur de l’Orchestre symphonique Simón Bolívar, est aujourd’hui à la tête du New York Philharmonic. Gabriela Montero critique son rôle passé, le qualifiant de complice du régime en participant à des événements officiels et en entretenant des liens personnels avec les dirigeants vénézuéliens. Elle dénonce aussi une situation paradoxale : le gouvernement américain a accordé 57 millions de dollars à El Sistema, alors que ses dirigeants, comme Delcy Rodríguez (présidente illégitime du Venezuela), sont accusés de corruption et de liens avec des personnalités controversées comme Donald Trump. Pour Montero, cette contradiction illustre un monde où l’éthique semble absente au profit du pouvoir et de l’enrichissement personnel.

Une reconnaissance internationale

Malgré les difficultés, Gabriela Montero a reçu des marques de soutien importantes. Elle a été l’invitée d’honneur de María Corina Machado, figure de l’opposition vénézuélienne, lors de la cérémonie de remise de son prix Nobel de la paix 2025 à Oslo. Cet événement a été marqué par la présence de l’hymne national du Venezuela, symbolisant la résistance culturelle du pays. Montero insiste sur le fait que son combat dépasse le cadre musical : il s’agit de défendre les valeurs humanistes et l’éthique dans un monde où, selon elle, la boussole morale fait défaut. Son parcours montre comment l’art peut devenir un acte de résistance politique.

Ce que ça pourrait changer

Gabriela Montero se produira à la **Maison symphonique de Montréal** le **samedi 3 octobre 2025** à 20h, accompagnée par l’Orchestre Métropolitain dirigé par **Barbara Dragan**. Le programme inclut des œuvres de **Grażyna Bacewicz** (compositrice polonaise), **Dmitri Chostakovitch** (russe, connu pour ses critiques voilées du régime soviétique) et **Sergei Prokofiev** (russe, compositeur du XXe siècle). Ce concert s’inscrit dans la continuité de son engagement artistique et politique, offrant au public une occasion d’écouter une musicienne dont la carrière est indissociable de ses prises de position courageuses.

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