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Généraliste

La fin du Canadien

Le Devoir · mis à jour 5 oct.

Le dernier Canadien de la police de Montréal vient de prendre sa retraite..

Fin d'une époque

Urbain, dernier cheval de race Canadien encore en service à la police de Montréal, a pris sa retraite le 18 mai 2024 après 18 ans de carrière. Ce cheval, élevé dans les écuries du mont Royal, symbolise la fin d’une tradition vieille de plusieurs décennies. La police de Montréal utilisait depuis longtemps des chevaux de race Canadien, une race locale robuste et endurante, pour des missions de patrouille et de surveillance. Urbain a été remplacé par des Clydesdales, des chevaux de trait écossais plus imposants, marquant ainsi la disparition définitive des Canadiens au sein des forces de l’ordre montrealaises. La retraite d’Urbain s’est déroulée sans cérémonie officielle, dans le calme des prés de Mirabel où il passera le reste de ses jours.

Origines historiques

Le cheval de race Canadien trouve ses origines au XVIIe siècle, lorsque le roi de France Louis XIV envoie 12 juments et 2 étalons bretons et normands en Nouvelle-France en 1665 pour soutenir la colonie. Entre 1665 et 1671, 82 chevaux sont ainsi importés. Les Autochtones, surpris par ces animaux inconnus, les surnomment les « orignaux de France ». Isolés géographiquement, ces chevaux s’adaptent au climat et au terrain nord-américain, développant une race endurante et frugale, surnommée le « petit cheval de fer ». Au fil des générations, ils deviennent indispensables pour les travaux agricoles et les déplacements, malgré les restrictions imposées par les autorités en 1709 pour limiter leur nombre.

Raisons du remplacement

La police de Montréal a décidé de remplacer les Canadiens par des Clydesdales pour des raisons liées au tempérament des chevaux. Selon la sergente Analie Coderre, responsable de la cavalerie, les Canadiens sont trop actifs et deviennent anxieux lorsqu’ils doivent rester immobiles pendant les missions de surveillance, un aspect essentiel du métier de cheval policier. Les Clydesdales, plus calmes et imposants, sont mieux adaptés à ce rôle. Cette décision s’inscrit dans une tendance nord-américaine où les forces de l’ordre privilégient des équipements surdimensionnés, comme les VUS ou les gros véhicules, pour impressionner ou dissuader. La cavalerie compte désormais 12 Clydesdales contre 8 Canadiens auparavant.

Évolution du métier

La cavalerie de la police de Montréal a connu une transformation majeure avec l’arrivée des femmes comme cavalières. Historiquement réservée aux hommes, cette unité compte aujourd’hui exclusivement des policières. La sergente Coderre et la policière Karine Naud, qui a été la partenaire d’Urbain pendant des années, expliquent cette évolution par un changement des mentalités et des opportunités offertes aux femmes dans les forces de l’ordre. Les policières insistent sur leur engagement professionnel : elles ne « promènent » pas leurs chevaux, mais les utilisent pour des patrouilles actives, équipées d’un uniforme, d’une arme, d’une radio et de menottes. Leur relation avec les chevaux est décrite comme une extension de leur volonté, grâce à un dressage spécifique qui les met en « mode police ».

Ce que ça pourrait changer

Urbain et les autres *Canadiens* incarnent une partie de l’histoire québécoise et montrealaises. Leur remplacement par les *Clydesdales* marque la fin d’une tradition chevaleresque liée à la police, mais aussi à la culture locale. Les *Canadiens* étaient appréciés pour leur robustesse et leur adaptabilité, qualités qui reflétaient celles des habitants de la Nouvelle-France. Leur disparition progressive illustre aussi les défis de la modernisation des forces de l’ordre, où l’efficacité et l’impression de puissance priment parfois sur l’héritage culturel. Malgré leur retraite, ces chevaux restent dans les mémoires, comme en témoignent les photographies de charges de cavalerie qui évoquent des scènes médiévales, ou les anecdotes de la policière Heather Mitchell, qui a chevauché Urbain pendant des années.

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