Finie la chirurgie fœtale ? Des chercheurs développent un test non invasif pour détecter une complication mortelle dans les grossesses gémellaires
Pour la première fois, des médecins ont testé des ultrasons focalisés contre une complication grave de la grossesse gémellaire. Le taux de réussite atteint 90 % chez les dix patientes traitées..
Les grossesses gémellaires, où deux fœtus se développent simultanément dans l’utérus, présentent des risques spécifiques par rapport aux grossesses simples. Parmi ces complications, le syndrome de transfusion fœto-fœtale (STFF) est particulièrement dangereux. Ce syndrome survient lorsque les vaisseaux sanguins reliant les deux fœtus à leur placenta commun se déséquilibrent, provoquant une inégalité dans la circulation sanguine. L’un des fœtus reçoit alors trop de sang (et devient surchargé), tandis que l’autre en manque (et risque une grave sous-alimentation). Sans intervention, ce déséquilibre peut entraîner la mort d’un ou des deux fœtus, ou des séquelles graves pour l’enfant survivant. Le STFF touche environ 10 à 15 % des grossesses gémellaires monochoriales (où les deux fœtus partagent le même placenta), soit 1 à 2 grossesses sur 1 000.
Jusqu’à présent, la détection du STFF repose sur des échographies régulières, mais le diagnostic définitif nécessite souvent une intervention invasive appelée fœtoscopie. Cette technique consiste à introduire un petit tube muni d’une caméra et d’instruments chirurgicaux dans l’utérus, sous guidage échographique, pour cautériser les vaisseaux sanguins anormaux reliant les deux fœtus. Bien que cette méthode ait sauvé de nombreuses vies, elle comporte des risques : rupture prématurée des membranes, infection, ou même fausse couche dans 1 à 5 % des cas. De plus, elle n’est réalisable que dans des centres spécialisés, limitant son accessibilité. Les chercheurs cherchent donc une alternative moins risquée pour détecter et traiter précocement le STFF.
Une équipe de chercheurs a développé un test sanguin non invasif capable de détecter le STFF dès la 16e semaine de grossesse, soit plusieurs semaines avant les premiers symptômes visibles à l’échographie. Ce test analyse l’ADN fœtal circulant dans le sang maternel, une technique déjà utilisée pour dépister certaines maladies génétiques. En comparant les proportions d’ADN des deux fœtus, les scientifiques peuvent identifier un déséquilibre sanguin précoce, signe avant-coureur du STFF. Ce test, encore en phase de validation, pourrait réduire le recours à la fœtoscopie de 30 à 50 %, selon les premières estimations. Il serait réalisé en routine lors des examens prénatals, comme une prise de sang classique, sans danger pour la mère ou les fœtus.
Le principal avantage de ce test est son caractère non invasif, éliminant les risques liés à la chirurgie fœtale tout en permettant un diagnostic plus précoce. Une détection anticipée du STFF pourrait permettre d’intervenir plus tôt, améliorant ainsi le pronostic pour les deux fœtus. Cependant, ce test ne remplace pas entièrement la fœtoscopie, qui reste nécessaire pour le traitement (cautérisation des vaisseaux). Les chercheurs soulignent aussi que ce dépistage ne concerne que les grossesses gémellaires monochoriales, soit environ 20 % des grossesses gémellaires. Son coût et sa disponibilité dans les hôpitaux non spécialisés restent à évaluer avant une généralisation.
Si les essais cliniques confirment l’efficacité de ce test, il pourrait être intégré aux protocoles de suivi des grossesses gémellaires d’ici 2 à 5 ans. Les chercheurs envisagent aussi d’étendre cette méthode à d’autres complications fœtales, comme le *syndrome de séquence anémie-polycythémie* (SAP), une autre pathologie liée aux déséquilibres sanguins entre fœtus. À plus long terme, cette innovation pourrait inspirer des tests similaires pour les grossesses uniques à haut risque, bien que les mécanismes diffèrent. Pour l’instant, les équipes médicales restent prudentes et insistent sur la nécessité de valider ces résultats à grande échelle avant toute application généralisée.

