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On a vu The Social Reckoning : le film de Sorkin taille un costard à Facebook (critique sans spoilers)

Numerama · mis à jour il y a 29 j

Seize ans après The Social Network, Aaron Sorkin passe lui-même derrière la caméra pour raconter les Facebook Files et l'histoire de la lanceuse d'alerte Frances Haugen. The Social Reckoning, en salle ce mercredi 7 octobre, dresse un portrait sans pitié de Facebook, mais sa mise en scène trop sage peine à faire oublier David Fincher..

Deux films sur Facebook

Aaron Sorkin, scénariste de The Social Network (2010), réalise The Social Reckoning (2026), une suite indirecte qui critique Facebook à travers l’histoire de la lanceuse d’alerte Frances Haugen et les Facebook Files. Ces Facebook Files désignent une enquête journalistique publiée en 2021 par le Wall Street Journal, basée sur des documents internes transmis par Frances Haugen, une ancienne employée de Facebook. Le premier film, réalisé par David Fincher, retraçait la création du réseau social par Mark Zuckerberg, tandis que le second se concentre sur ses dérives : désinformation, harcèlement, radicalisation, et impact négatif sur la santé mentale des jeunes, notamment via Instagram. Les deux films partagent une structure narrative alternant entre passé et présent, mais diffèrent par leur approche et leur ton.

Un réalisateur en solo

Aaron Sorkin, connu pour ses dialogues percutants et ses scénarios comme À la Maison-Blanche ou Le Stratège, passe pour la première fois à la réalisation avec The Social Reckoning. Bien qu’il ait déjà réalisé trois films (Le Grand Jeu en 2017, Les Sept de Chicago en 2020 et Hollywood 1953 en 2021), il succède ici à David Fincher, réalisateur de The Social Network, qui avait remporté trois Oscars, trois BAFTA et quatre Golden Globes. Sorkin hérite d’un défi de taille : succéder à un cinéaste d’exception, tout en explorant un sujet déjà traité par un autre prisme. La comparaison est inévitable, et le film peine à s’en détacher, malgré une écriture toujours aussi fine.

Les Facebook Files

Les Facebook Files sont une série d’articles publiée à partir de septembre 2021 par le Wall Street Journal, récompensée par les prix George Polk et Gerald Loeb. Ces enquêtes s’appuient sur des documents internes transmis par Frances Haugen, une ingénieure de Facebook devenue lanceuse d’alerte. Elles révèlent les pratiques controversées du réseau social : amplification de la désinformation, ciblage ethnique, refus de modérer les contenus toxiques, et impact psychologique d’Instagram sur les jeunes. Le film illustre ces dérives à travers des exemples concrets, comme des témoignages d’adolescents harcelés ou des théories complotistes liées à la 5G et aux vaccins. En 2019, Facebook comptait près de 3 milliards d’utilisateurs, mais son image s’était déjà fortement dégradée.

Un nouveau Zuckerberg

Dans The Social Reckoning, Mark Zuckerberg est interprété par Jeremy Strong, qui remplace Jesse Eisenberg, acteur du premier film. Strong incarne un Zuckerberg déshumanisé, froid et calculateur, avec une ressemblance physique frappante. Son interprétation, bien que rigide, contraste avec celle d’Eisenberg, qui avait marqué les esprits. Bill Burr joue un ancien employé de Facebook devenu consultant, apportant une touche de légèreté dans un personnage autrement très sombre. Cependant, la performance globale des acteurs est jugée plate, avec des personnages réduits à des fonctions narratives, limitant leur profondeur et leur impact émotionnel.

Une réalisation en demi-teinte

La mise en scène d’Aaron Sorkin, bien que fidèle aux codes du thriller journalistique, manque d’audace et de dynamisme. Les acteurs semblent contraints par un scénario qui privilégie l’avancement de l’intrigue plutôt que le développement des personnages. La photographie, signée Jeff Cronenweth (collaborateur de David Fincher), adopte des tons désaturés, rappelant l’esthétique du premier film. Malgré une écriture toujours aussi précise, la réalisation peine à captiver, donnant l’impression d’un film trop sage pour un sujet aussi explosif. Le résultat est un constat accablant sur Facebook, mais sans la puissance visuelle qui aurait pu le rendre mémorable.

Ce que ça pourrait changer

*The Social Reckoning* aborde un sujet d’utilité publique en dressant un portrait sans concession de Facebook, devenu une machine à polariser et à générer de la toxicité. Le film rappelle les dérives du réseau social entre 2020 et 2022, une période marquée par la pandémie de Covid-19, les théories complotistes et les tensions sociales. Bien que la plume d’Aaron Sorkin soit saluée pour sa rigueur, le film souffre d’un manque de relief dans sa réalisation et ses performances d’acteurs. Il manque cruellement de la maestria visuelle de David Fincher pour marquer durablement les esprits. Pourtant, son sujet et son angle d’attaque en font un film indispensable pour comprendre l’évolution de la Silicon Valley et ses dérives.

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