Biodiversité : chefs d'État et médias boudent la COP17, symptôme d'un désintérêt manifeste
Chefs d'État absents, médias peu présents... La COP17 biodiversité s'est ouverte en Arménie dans une certaine indifférence.
La COP17, ou 17e Conférence des Parties à la Convention sur la diversité biologique (CDB), est une réunion internationale organisée du 7 au 19 décembre 2022 à Montréal, au Canada. Elle réunit les États signataires de la CDB, un traité international adopté en 1992 lors du Sommet de la Terre de Rio de Janeiro, qui vise à protéger la biodiversité. L'objectif principal de cette COP était d'adopter un nouveau cadre mondial pour enrayer l'érosion de la biodiversité d'ici 2030, avec des engagements concrets pour les États. Cependant, cette édition a été marquée par une faible participation des chefs d'État et des médias, contrairement aux éditions précédentes.
Parmi les 196 pays signataires de la CDB, seuls 10 chefs d'État ou de gouvernement ont participé à la COP17, un chiffre très inférieur aux attentes. Par comparaison, la COP26 sur le climat, tenue en 2021 à Glasgow, avait accueilli plus de 120 dirigeants. Cette faible représentation des plus hauts responsables politiques est interprétée comme un signe de désintérêt croissant pour les enjeux de biodiversité. Les organisateurs espéraient pourtant un engagement fort, d'autant que la COP15, tenue en 2021 à Kunming en Chine, avait déjà montré des signes de ralentissement en raison de la pandémie de Covid-19.
Les médias ont également boudé la COP17, avec une couverture médiatique très limitée. Reporterre, un média français spécialisé dans l'écologie, souligne que peu de journalistes internationaux étaient présents, contrairement aux éditions précédentes où la biodiversité attirait davantage l'attention. Cette absence de couverture médiatique réduit la visibilité des enjeux discutés et limite la pression publique sur les décideurs politiques. Elle reflète aussi une tendance plus large : les sujets environnementaux, bien que cruciaux, peinent à capter l'intérêt des grands médias, surtout en période de crises économiques ou géopolitiques.
La COP17 devait aboutir à l'adoption d'un cadre mondial pour la biodiversité, incluant des objectifs chiffrés pour protéger 30 % des terres et des mers d'ici 2030, un engagement déjà annoncé lors de la COP15. Cependant, les négociations ont été ralenties par des désaccords entre pays riches et pays en développement, notamment sur le financement des mesures de protection. Les pays du Sud réclament des fonds pour compenser les pertes économiques liées à la préservation de leurs écosystèmes, tandis que les pays du Nord hésitent à s'engager financièrement. Ces tensions illustrent les difficultés à concilier protection de l'environnement et développement économique.
Le désintérêt des chefs d'État et des médias pour la COP17 pourrait avoir des conséquences majeures. Sans une mobilisation politique forte, les engagements pris risquent de rester lettre morte. De plus, l'absence de couverture médiatique prive le public d'informations sur les avancées ou reculs des négociations, ce qui limite la possibilité de mobilisation citoyenne. Enfin, cette COP17 intervient dans un contexte où la biodiversité continue de décliner à un rythme alarmant : selon l'ONU, un million d'espèces sont menacées d'extinction, et les écosystèmes s'effondrent à une vitesse sans précédent. Ces chiffres soulignent l'urgence d'agir, mais le manque d'attention politique et médiatique pourrait retarder les solutions.

