Du jamais-vu depuis la Seconde Guerre mondiale en Italie : Giorgia Meloni dépasse Berlusconi et rentre dans l’Histoire
Certains lui prédisaient quelques mois, elle vient d'effacer le record de Silvio Berlusconi. En poste depuis 1 413 jours sans la moindre interruption, le gouvernement de Giorgia Meloni entre dans l'histoire politique italienne..
Giorgia Meloni, Première ministre italienne, vient de dépasser le record de longévité au pouvoir détenu jusqu’alors par Silvio Berlusconi. Son gouvernement, en poste depuis 1 413 jours consécutifs, devient ainsi le plus durable de la République italienne depuis sa création en 1946. Berlusconi, figure majeure de la politique italienne, avait gouverné pendant 1 412 jours sans interruption entre 2001 et 2005, mais sur l’ensemble de sa carrière, il a cumulé plus de 9 ans au pouvoir grâce à plusieurs mandats non consécutifs. Meloni, elle, réalise cette performance sans interruption, un exploit dans un pays habitué à une grande instabilité gouvernementale. Depuis 1946, l’Italie a connu 68 gouvernements différents, avec une durée moyenne de seulement 13 mois par cabinet. Ce record s’inscrit dans un contexte où les coalitions politiques sont souvent fragiles et sujettes aux crises.
L’Italie est réputée pour son instabilité politique chronique, avec des gouvernements qui changent fréquemment en raison de désaccords entre partis ou de crises de coalition. Depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale en 1945, le pays a connu une succession de gouvernements souvent éphémères, avec une durée moyenne de 13 mois par cabinet. Cette instabilité s’explique par un système parlementaire très fragmenté, où aucun parti ne parvient généralement à obtenir une majorité absolue. Giorgia Meloni a réussi à maintenir son gouvernement en place pendant près de quatre ans sans interruption, une performance rare dans ce contexte. Pour y parvenir, elle a adopté une approche pragmatique, s’éloignant progressivement de son image d’outsider radicale pour se rapprocher des attentes européennes, notamment en matière de discipline budgétaire et de politique étrangère.
Giorgia Meloni peut se targuer de certains succès sur le plan économique. Elle met en avant une baisse du chômage, qui est passé sous la barre des 6 %, ainsi que la création de plus d’1 million d’emplois. Ces chiffres contrastent avec la situation précédente, où le chômage était plus élevé. Elle revendique également une réduction significative de l’arrivée des migrants, un objectif central de son programme politique. Cependant, ce bilan est vivement contesté par l’opposition et les syndicats. Ces derniers soulignent que le pouvoir d’achat des Italiens a diminué en raison de l’inflation, qui a érodé le pouvoir d’achat. De plus, des problèmes structurels persistent, comme la faiblesse de la productivité, le déclin démographique et les déserts médicaux, c’est-à-dire des zones rurales ou éloignées où l’accès aux soins est limité.
Malgré son succès à rester au pouvoir, Giorgia Meloni fait face à une opposition croissante au sein même de sa majorité. Des mouvements politiques encore plus radicaux émergent à sa droite et lui reprochent de s’être modérée depuis son arrivée au pouvoir. Ces groupes estiment qu’elle a trahi ses promesses initiales en adoptant une ligne plus pragmatique, notamment sur les questions budgétaires et migratoires. Cette opposition interne pourrait affaiblir sa position à long terme et compliquer la gestion de sa coalition. Meloni doit donc naviguer entre le maintien de sa crédibilité internationale et la satisfaction de sa base électorale, tout en évitant une scission au sein de son camp.
Le record de Giorgia Meloni doit être relativisé dans une perspective historique plus large. Avant la création de la République italienne en 1946, l’Italie a connu des périodes de gouvernement long, mais hors du cadre démocratique. Par exemple, Benito Mussolini, dictateur fasciste, a dirigé le pays pendant plus de vingt ans sans interruption, de 1922 à 1943. C’est précisément pour éviter le retour d’un pouvoir aussi centralisé et absolu que les constituants italiens ont conçu, en 1946, une République dotée d’un système parlementaire très fragmenté. Le record de Meloni s’inscrit donc dans ce cadre démocratique, mais il reste exceptionnel dans un pays où les gouvernements sont traditionnellement instables.

