Le “plaidoyer vibrant” du PDG d’Anthropic pour ralentir les progrès de l’intelligence artificielle
Dario Amodei a publié samedi un long essai dans lequel il invite les entreprises du secteur à contenir les avancées de l’IA. Il s’inquiète des cyberattaques récentes et des progrès plus rapides que prévu de certains modèles.
Dario Amodei, PDG de l’entreprise Anthropic, spécialisée dans l’intelligence artificielle (IA), a publié un essai de 4 000 mots le 12 septembre 2026 pour appeler à un ralentissement des progrès de l’IA. Il explique que les modèles d’IA pourraient, d’ici 6 à 12 mois, être capables de contrôler l’intégralité d’Internet, ce qui pourrait causer des centaines de milliards de dollars de dégâts. Amodei évoque également des cyberattaques récentes menées par des modèles d’IA, comme celle contre la start-up Hugging Face quelques semaines plus tôt. Son appel s’inscrit dans un contexte où le débat sur les dangers de l’IA s’intensifie, notamment après des déclarations alarmantes d’un ancien chercheur d’Anthropic sur les risques existentiels pour l’humanité.
Pour ralentir le développement de l’IA, Dario Amodei propose trois mesures concrètes. La première consiste à intégrer des experts en évaluation des risques au sein des entreprises du secteur. La seconde vise à établir des standards communs entre les nations démocratiques pour encadrer ces technologies. Enfin, la troisième recommande une collaboration avec les gouvernements autoritaires, comme la Chine, sur ces questions de sécurité. Ces propositions visent à créer un cadre collectif pour éviter une course effrénée aux avancées technologiques, jugée dangereuse par Amodei.
Sam Altman, cofondateur d’OpenAI, et Elon Musk, propriétaire de plusieurs entreprises technologiques dont SpaceX et X (ex-Twitter), ont rapidement soutenu les idées d’Amodei. Altman a tweeté : « Dario a raison », tandis que Musk a commenté : « Je suis d’accord avec Dario ». Cette unité rare entre concurrents est saluée par des médias comme Politico, qui y voit une opportunité pour l’industrie de collaborer. Cependant, des obstacles persistent, notamment la question de la légalité d’une action coordonnée entre entreprises et la difficulté à inclure la Chine dans ce cadre, alors que ce pays cherche à rattraper son retard technologique.
Aux États-Unis, la proposition d’Amodei a suscité des réactions variées. Le sénateur républicain John Cornyn a exprimé des inquiétudes sur l’attitude de la Chine face à ce ralentissement, alors que le président chinois Xi Jinping doit rencontrer Donald Trump le 24 septembre 2026 à Washington. Trump, interrogé sur ses craintes concernant l’IA, a répondu : « Je n’en ai aucune », sauf celle de voir la Chine prendre l’avantage technologique. Certains critiques, comme le député démocrate Josh Gottheimer, ont remis en cause les motivations d’Amodei, suggérant que son appel pourrait cacher une volonté de limiter la concurrence pour consolider la position d’Anthropic sur le marché.
Le plaidoyer d’Amodei a également été critiqué par certains observateurs. Le *New York Times* note que des voix s’interrogent sur les intentions purement altruistes du PDG, évoquant une possible stratégie pour renforcer la position dominante d’Anthropic et d’OpenAI en appelant à une régulation gouvernementale. D’autres, comme le site *Gizmodo*, dénoncent un *« catastrophisme de l’IA »* utilisé comme outil marketing pour convaincre du pouvoir incontournable de ces entreprises. *Axios* souligne enfin la difficulté à imaginer un ralentissement volontaire dans une industrie où des centaines de milliards de dollars sont en jeu.

