Référendum en Alberta : envoyer un message à Ottawa, mais à quel prix?
Le militant Benoit Trudeau et l'ex-premier ministre Jason Kenney présentent leurs points de vue opposés..
Le 19 octobre 2023, la province d'Alberta, au Canada, organise un référendum dont l'une des questions pourrait ouvrir la voie à une consultation future sur la séparation de la province du reste du pays. Ce scrutin est présenté par ses partisans comme un outil pour faire pression sur le gouvernement fédéral à Ottawa et obtenir davantage d'autonomie. Les séparatistes albertains, comme le militant Benoît Trudeau, y voient une étape vers une indépendance future, tandis que leurs opposants, comme l'ex-premier ministre albertain Jason Kenney, craignent que cette démarche ne crée une instabilité économique et politique. Le référendum est organisé dans un contexte de tensions entre l'Alberta et le gouvernement central, notamment sur des questions comme la perception des impôts ou la gestion des retraites.
Benoît Trudeau, militant souverainiste albertain, défend une approche progressive vers l'indépendance, en s'inspirant de l'expérience québécoise. Il propose que l'Alberta perçoive elle-même ses impôts, gère son propre régime de retraite et ait un rôle accru en immigration, afin d'atteindre un niveau d'autonomie comparable à celui du Québec. Il souhaite aussi former une alliance avec le Québec, y compris avec des partis comme le Parti québécois, pour forcer Ottawa à négocier. À l'inverse, Jason Kenney, ancien premier ministre albertain, prône le maintien de l'Alberta dans le Canada. Il critique la stratégie référendaire, la jugeant risquée économiquement car elle pourrait décourager les investissements et créer des divisions permanentes. Kenney cite des exemples de collaboration avec le Québec, comme la contestation judiciaire de la Loi sur l'évaluation d'impact, pour montrer que des solutions existent sans séparation.
Jason Kenney met en garde contre les dangers d'un référendum perçu comme un moyen d'envoyer un message à Ottawa. Il souligne que l'incertitude politique générée pourrait nuire à l'économie albertaine, déjà affectée par des politiques fédérales qu'il juge défavorables. Kenney rappelle que l'Alberta reste la province la plus prospère du Canada, malgré ces défis, et craint que les fédéralistes ne sous-estiment la force du mouvement indépendantiste. Il redoute aussi qu'une faible participation au référendum ne favorise les indépendantistes, leur permettant de revendiquer une victoire symbolique, même avec un score minoritaire. Pour lui, une telle situation prolongerait les divisions et affaiblirait la position de la province.
Benoît Trudeau anticipe une victoire des indépendantistes lors du référendum du 19 octobre, mais il rejette d'avance la validité du résultat, estimant que la démarche est prématurée. Il affirme que son engagement se poursuivra même en cas de défaite, car il considère que la véritable campagne commence après le scrutin. Jason Kenney, de son côté, prédit que le débat sur l'indépendance se prolongera, quel que soit le résultat. Il évoque la possibilité qu'un score de 15 % à 20 % en faveur des indépendantistes soit interprété comme une victoire par leurs partisans. Il mentionne aussi une motion en préparation au sein du *Parti conservateur uni de l'Alberta*, qui pourrait officiellement faire de ce parti un mouvement indépendantiste, alors qu'il était historiquement fédéraliste.

