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La sécurité des drones militaires, ou comment protéger ce qui compte ( et ce n’est pas toujours le drone lui-même)

The Conversation France · mis à jour 6 juil.

Sur les théâtres d’opération militaire, les drones évoluent dans un environnement hostile où ils doivent avant tout protéger les troupes qu’ils accompagnent. Pour mener à bien cette mission, ils déploient des stratégies qui leur offrent une certaine résilience, le but n’étant finalement pas de les protéger pour eux-mêmes, mais de leur permettre d’accomplir leur tâche coûte que coûte.

Drones sacrifiables ?

Sur les champs de bataille, les drones militaires ne sont pas conçus pour être indestructibles, mais pour accomplir leur mission malgré les attaques ennemies. Leur rôle principal est de protéger les troupes en renseignant ou en frappant les lignes adverses, pas de survivre à tout prix. Ainsi, un drone perdu ou endommagé peut être remplacé sans conséquence majeure, surtout s’il est petit, peu coûteux et produit en masse. La priorité est donc la résilience du système (drone + opérateur + centre de contrôle) pour garantir la continuité des opérations. Par exemple, en Ukraine, les drones de taille moyenne ou petite sont omniprésents et jouent un rôle clé dans les stratégies militaires actuelles.

Un système complexe

Un drone militaire ne fonctionne jamais seul. Il fait partie d’un écosystème incluant un opérateur distant, souvent au sol, et un centre de contrôle (C2 pour Command and Control), comme un camion ou un bâtiment équipé pour analyser les données et piloter la mission. La sécurité d’un drone dépend donc de la protection de l’ensemble de ce système, pas seulement de l’appareil lui-même. Par exemple, si le lien radio entre le drone et le C2 est piraté, l’ennemi pourrait envoyer de fausses commandes ou localiser la base de lancement pour la cibler. La résilience de ce système global est donc cruciale pour éviter des pertes stratégiques.

Résilience : s’adapter aux menaces

La résilience d’un drone désigne sa capacité à maintenir ses fonctions malgré des conditions hostiles, qu’elles soient naturelles (zones interdites de fréquences) ou volontaires (attaques ennemies). Par exemple, dans une zone forestière en feu, un drone doit éviter les interférences avec les signaux radio des aéroports ou centrales nucléaires voisines. En Ukraine, de nombreuses zones voient leur signal GNSS (système de navigation par satellite, souvent appelé GPS à tort) brouillé ou neutralisé, forçant les drones à trouver des alternatives pour naviguer. L’objectif n’est pas de protéger le drone pour lui-même, mais de lui permettre de remplir sa mission malgré ces contraintes.

Fragilités internes

Les drones présentent des vulnérabilités internes, comme des attaques par fusils électromagnétiques (micro-ondes détruisant les circuits) ou des attaques laser. Ces méthodes peuvent rendre l’appareil inutilisable ou créer des failles exploitées ensuite par des cyberattaques. Par exemple, un drone capturé au sol peut être modifié pour révéler des données sensibles ou être reprogrammé pour devenir une menace. Les bugs logiciels, comme le flyaway (perte de contrôle du drone), représentent 36 % des accidents de drones, toutes causes confondues. Ces problèmes peuvent être aggravés par des erreurs de conception ou des défaillances matérielles.

Attaques externes : le GNSS ciblé

Les attaques externes visent les interactions du drone avec son environnement, notamment son système de navigation par satellite (GNSS). En brouillant le signal, l’ennemi peut rendre le drone incapable de se localiser, le forçant à se poser ou à être capturé. Par exemple, en 2011, l’Iran a capturé un drone américain RQ-170 Sentinel en brouillant son signal GNSS. En Ukraine, de nombreuses zones voient leur signal GNSS devenir intermittent ou inexistant, ce qui complique la navigation des drones. Ces attaques peuvent aussi perturber des spectacles de drones, comme à Shanghai en 2021, où des dizaines d’appareils ont perdu le contrôle et se sont écrasés.

Attaques d’interconnexion

Les attaques d’interconnexion ciblent les échanges entre le drone et sa station sol, notamment via la radio. L’ennemi peut envoyer de fausses commandes ou injecter des données erronées pour tromper le système. Par exemple, en Ukraine, des marines ont piraté un drone russe pour localiser sa base de lancement, puis l’ont bombardée. Ces attaques exploitent les failles des liens de communication, qui sont souvent la porte d’entrée pour des opérations cyber plus larges. La sécurisation de ces échanges est donc un enjeu majeur pour éviter que l’ennemi ne prenne le contrôle des drones ou ne récupère des données sensibles.

Solutions technologiques

Pour contrer ces menaces, des solutions existent ou sont en développement. Par exemple, des algorithmes permettent de filtrer les signaux GNSS brouillés ou d’utiliser des amers (points de repère visuels) pour naviguer en environnement GNSS denied. En Ukraine, des fibres optiques ont été testées pour remplacer les communications radio, réduisant les risques de localisation ou de piratage. À plus long terme, des technologies quantiques pourraient sécuriser les échanges. Ces solutions sont souvent combinées pour renforcer la résilience du système. Leur coût varie, et un compromis doit être trouvé entre efficacité et budget.

Certification et maturité

Pour valider la résilience des drones, des processus de certification existent, notamment dans le domaine militaire où la priorité est le succès de la mission plutôt que la sécurité environnementale. Chaque sous-système est évalué selon son TRL (Technology Readiness Level), son IRL (Integration Readiness Level), et son SRL (System Readiness Level) pour mesurer sa maturité et son intégration. Par exemple, un drone avec un TRL élevé est prêt pour un déploiement opérationnel, tandis qu’un SRL faible indique un système encore en phase de test. Ces évaluations, bien que non parfaites, permettent d’assurer une qualité minimale avant le déploiement sur le terrain.

Ce que ça pourrait changer

Les drones de petite et moyenne taille, bien que technologiquement anciens, n’ont révélé leur plein potentiel militaire que récemment, notamment grâce aux conflits actuels. Leur utilisation massive en Ukraine a accéléré leur développement et leur adaptation aux menaces modernes. Il est donc essentiel de poursuivre les efforts de recherche et d’expérimentation pour améliorer leur résilience, même après la fin des conflits. Ces systèmes jouent un rôle clé dans la protection des troupes et pourraient devenir encore plus stratégiques dans les futurs conflits. Leur évolution dépendra de l’innovation et de la capacité à anticiper les nouvelles menaces.

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