Haut taux d’absentéisme chez les sénateurs à Ottawa
Sur 76 jours de séance, seuls 8 sénateurs ont affiché un dossier de présence parfait..
Une analyse des registres de présence du Sénat canadien révèle que les sénateurs s’absentent régulièrement de la Chambre haute. Sur les 76 jours de séance entre mai 2025 et mai 2026, seuls 8 sénateurs sur 90 à 95 actifs ont assisté à toutes les séances. Les autres ont manqué entre 1 et 54 jours, avec des motifs variés : engagements extérieurs, congés ou maladies. Certains sénateurs se rendent brièvement à la Chambre uniquement pour marquer leur présence, puis repartent, une pratique plus fréquente les jeudis, dernier jour de la semaine de trois jours. Cette tendance explique parfois pourquoi le nombre de sénateurs présents dépasse celui des votes exprimés. Le Sénat compte 105 membres nommés, mais 10 sièges étaient vacants et 4 sénateurs ont été nommés récemment.
Lors de votes cruciaux sur des projets de loi comme le C-4 (baisse d’impôt pour la classe moyenne), le C-9 (crimes haineux) ou le C-12 (renforcement des frontières), seulement 52 à 70 sénateurs étaient présents sur les 90 à 95 actifs. Par exemple, le budget gouvernemental a été voté par 70 sénateurs, tandis que le projet de loi C-24, allouant 86 milliards de dollars, n’a vu que 60 sénateurs voter. Certains projets de loi, comme ceux sur les accords de libre-échange avec le Royaume-Uni ou l’Indonésie, ont été adoptés par vote de vive voix, sans décompte précis des présents. À la Chambre des communes, où les députés sont élus, l’absentéisme chronique pourrait entraîner des pertes de votes, mais au Sénat, nommé et non élu, les sénateurs ne rendent pas de comptes aux électeurs, ce qui limite les conséquences de leur absentéisme.
Les sénateurs bénéficient d’un salaire de base de 192 700 dollars canadiens par an, auxquels s’ajoutent des rémunérations supplémentaires pour les présidents de groupes parlementaires ou de commissions. Chaque sénateur dispose de 21 jours de congé par session sans retenue de salaire. Au-delà, une retenue de 250 dollars par jour d’absence est appliquée. Malgré ces avantages, l’absentéisme persiste. Par exemple, la sénatrice Dawn Anderson a été présente seulement 44 jours sur 76, avec 27 jours d’absence pour autres fonctions publiques, comme des activités officielles non liées à ses affaires privées. La sénatrice Rosa Galvez a manqué 20 jours pour participer à des conférences sur le changement climatique, qu’elle qualifie de liées à son travail législatif. Le sénateur Rob Black a quant à lui justifié ses 15 absences par des événements agricoles et des rapports sur la santé des sols.
Le premier ministre Mark Carney a annoncé une refonte du processus de nomination au Sénat, avec des critères élargis pour les nouveaux candidats, afin d’améliorer l’efficacité de l’institution. Il souhaite des sénateurs forts, efficaces et concentrés. Cependant, la réforme de 2016 sous Justin Trudeau a supprimé les whips, des responsables chargés de surveiller l’assiduité et de compter les votes, ce qui a réduit la pression sur les sénateurs pour assister aux séances. Certains sénateurs, irrités par l’absentéisme de leurs collègues, promettent de s’attaquer au problème à la reprise des travaux en septembre 2026. Pourtant, sans mécanismes de sanction, le changement reste incertain. Donald Savoie, ancien membre du Comité consultatif indépendant sur les nominations au Sénat, souligne que l’absentéisme alimente le cynisme envers la démocratie canadienne, notamment chez les jeunes.
Le Sénat a pour mission constitutionnelle d’examiner les projets de loi du gouvernement, mais certains sénateurs indépendants proposent désormais des *projets de loi publics*, similaires aux initiatives parlementaires à la Chambre des communes. Les défenseurs de cette approche estiment qu’elle met en lumière des enjeux négligés, tandis que ses détracteurs y voient une dérive par rapport aux responsabilités principales. La sénatrice Gigi Osler, cheffe du Groupe des sénateurs canadiens, rappelle que les responsabilités d’un sénateur vont au-delà de la Chambre, et que la présence physique ne reflète pas nécessairement l’engagement. La sénatrice Lucie Moncion, facilitatrice du Groupe des sénateurs indépendants, explique que ses membres cherchent à concilier leurs diverses responsabilités, notamment lorsque le travail parlementaire dépasse le temps passé en séance.

