Ce pilier pourrait contenir le premier plan architectural au monde
Depuis sa découverte, Göbekli Tepe passe pour un sanctuaire dressé par des chasseurs-cueilleurs sans plan ni village. Sauf que ses trois grands enclos partagent une géométrie trop régulière pour relever de l'improvisation.
Un pilier ancien, découvert lors de fouilles archéologiques, pourrait contenir le premier plan architectural au monde. Ce pilier, vieux de plusieurs millénaires, a été retrouvé sur un site en Turquie, plus précisément dans la région de Göbekli Tepe, un site préhistorique célèbre pour ses structures mégalithiques. Les chercheurs pensent que ce pilier, gravé de motifs et de symboles, pourrait représenter une représentation schématique d’un bâtiment ou d’un ensemble architectural, ce qui en ferait le plus ancien exemple connu de ce type. Les gravures, encore en cours d’étude, suggèrent une organisation spatiale complexe, avec des lignes et des angles qui pourraient correspondre à des murs ou des colonnes. Cette découverte remet en question les connaissances actuelles sur l’émergence de l’architecture organisée, généralement attribuée à des civilisations plus récentes comme les Sumériens ou les Égyptiens.
Un plan architectural est une représentation graphique d’un bâtiment ou d’une structure, indiquant ses dimensions, ses proportions et son organisation spatiale. Dans le cas de ce pilier, les chercheurs supposent que les gravures pourraient être une forme primitive de plan, bien que cela reste à confirmer. Les motifs observés incluent des lignes parallèles, des angles droits et des formes géométriques, qui évoquent une intention de représenter un espace construit. Si cette hypothèse se vérifie, ce pilier deviendrait la plus ancienne trace connue d’un projet architectural, datant d’environ 11 000 ans, bien avant les pyramides ou les ziggourats. Cette découverte soulève des questions sur les capacités cognitives et techniques des sociétés préhistoriques, souvent sous-estimées.
Le site de Göbekli Tepe, où le pilier a été découvert, est un lieu clé pour comprendre les premières sociétés humaines. Daté d’environ 9 600 à 8 000 av. J.-C., ce site turc est considéré comme l’un des plus anciens temples ou lieux de rassemblement connus. Contrairement aux idées reçues, il a été construit par des chasseurs-cueilleurs sédentarisés, bien avant l’invention de l’agriculture. Les structures de Göbekli Tepe, composées de piliers en pierre ornés de bas-reliefs représentant des animaux, suggèrent une organisation sociale complexe et une forme de spiritualité. La découverte de ce pilier, intégré à un mur ou une structure similaire, renforce l’hypothèse d’une planification architecturale précoce, même si son usage exact reste mystérieux.
Cette découverte a des implications majeures pour l’archéologie et l’histoire de l’art. Si les gravures du pilier sont bien un plan architectural, cela prouverait que les sociétés préhistoriques possédaient des connaissances avancées en géométrie et en organisation spatiale, bien avant l’émergence des premières civilisations urbaines. Jusqu’à présent, les plus anciens plans architecturaux connus dataient de l’Égypte ancienne ou de la Mésopotamie, vers 3 000 av. J.-C.. Cette trouvaille pourrait donc reculer de plusieurs millénaires la date de l’invention de l’architecture planifiée. Les chercheurs utilisent des technologies comme la photogrammétrie (technique de mesure en 3D à partir de photos) et l’imagerie multispectrale (analyse de différentes longueurs d’onde de lumière) pour décrypter les motifs gravés et confirmer leur nature architecturale.
Les travaux sur ce pilier et son contexte se poursuivent. Une équipe internationale d’archéologues, d’anthropologues et d’historiens de l’art collabore pour analyser les gravures et déterminer leur signification exacte. Parmi les pistes explorées, on étudie la possibilité que ces motifs soient liés à des rituels, à une forme de cartographie ou à une représentation symbolique d’un espace sacré. Les chercheurs espèrent également identifier d’autres structures similaires sur le site de Göbekli Tepe ou dans la région, afin de mieux comprendre l’évolution des pratiques architecturales. Cette découverte ouvre la voie à de nouvelles interprétations sur la manière dont les humains ont commencé à conceptualiser et à matérialiser l’espace construit.

