Égypte : une page Facebook avec des détournements de “Bob l’éponge” fait trembler le régime
En quelques jours seulement, une page Facebook proposant des détournements inspirés par le célèbre dessin animé est devenue la caisse de résonance des griefs des Égyptiens, avec près de deux millions d’abonnés. Après bien des hésitations, les médias favorables au régime ont choisi d’attaquer, dénonçant un “complot des Frères musulmans”.
Une page Facebook intitulée Les doléances des gens de Qa’a Al-Hamour a été créée le 11 août 2026. En seulement deux semaines, elle a attiré près de 1,8 million d’abonnés, devenant un phénomène massif en Égypte. Le nom Qa’a Al-Hamour fait référence à la ville sous-marine de Bikini Bottom, le cadre de l’univers de la série animée Bob l’éponge, mais il est utilisé ici comme une métaphore de la réalité égyptienne. Les publications de cette page reprennent l’esthétique et les personnages du dessin animé pour y intégrer des critiques envers le régime politique égyptien, notamment sous la présidence d’Abdel Fattah Al-Sissi. Cette stratégie permet de contourner la censure en utilisant un langage humoristique et accessible, tout en évitant des formulations trop directes qui pourraient entraîner des sanctions.
Les Égyptiens utilisent depuis longtemps l’humour et les mèmes (images ou vidéos détournées à des fins comiques ou satiriques) pour exprimer leur mécontentement face à des conditions de vie difficiles, marquées par des difficultés économiques et politiques. Cette page Facebook s’inscrit dans cette tradition en détournant des scènes de Bob l’éponge pour y glisser des messages de contestation. Par exemple, des images du personnage principal, Bob l’éponge, sont modifiées pour représenter des situations de corruption ou de répression, tout en gardant un ton léger. Cette forme de satire permet aux citoyens de critiquer le pouvoir sans risquer des poursuites immédiates, car le régime égyptien surveille et censure sévèrement les discours politiques en ligne.
Face à la popularité grandissante de cette page, les médias égyptiens favorables au régime ont réagi en accusant ses créateurs d’être liés aux Frères musulmans, un mouvement islamiste interdit en Égypte depuis 2013. Cette accusation vise à discréditer la page et à justifier une censure plus stricte. Le 23 août 2026, la page a été suspendue pour une durée de 59 jours, une mesure exceptionnelle qui illustre la volonté du pouvoir de contrôler l’espace numérique. Cette suspension intervient dans un contexte où les autorités égyptiennes renforcent leur mainmise sur les réseaux sociaux, souvent perçus comme des outils de contestation par la population.
La suspension de cette page a été interprétée comme une preuve de son impact politique. En quelques jours, elle est devenue un espace de débat public où des millions de posts, images et vidéos ont été partagés, reflétant les frustrations de la population égyptienne. Les médias internationaux, comme la chaîne qatari *Al-Jazeera* ou le site *Arabi21*, ont souligné que cette page avait transformé un dessin animé pour enfants en un outil de mobilisation sociale. Cette affaire illustre la manière dont les citoyens égyptiens utilisent la culture populaire et les réseaux sociaux pour contourner les restrictions imposées par le régime, tout en testant les limites de la liberté d’expression dans le pays.

