Au Japon, la famille impériale a-t-elle vraiment une histoire vieille de 2 600 ans ?
Selon certains responsables politiques japonais, les origines de la famille impériale du pays remonteraient jusqu’en 660 av. J.-C., ce qui fait d’elle une dynastie exceptionnelle, même au niveau mondial.
Selon une tradition japonaise, la famille impériale du Japon descendrait de Jinmu, un descendant de la déesse shintoïste Amaterasu, intronisé en 660 av. J.-C. comme premier tenno (empereur). Cette lignée, présentée comme ininterrompue sur 2 600 ans, est souvent citée comme une exception mondiale. Cependant, cette affirmation repose sur des récits mythologiques et des textes anciens, comme le Kojiki (712) et le Nihon shoki (720), compilés bien après les événements qu'ils décrivent. Ces documents mêlent histoire et mythologie, ce qui rend leur interprétation complexe pour les historiens.
Au XIXe siècle, cette thèse a été reprise et amplifiée par les nationalistes japonais pour renforcer l'identité nationale. Pendant les années 1930 et 1940, le gouvernement japonais a utilisé cette histoire pour justifier la supériorité du peuple nippon, notamment pendant la Seconde Guerre mondiale. Par exemple, en 1940, le pays a célébré avec faste la 2 600e année impériale (koki), en comptant les années à partir de 660 av. J.-C. Le koki était un calendrier officiel qui a disparu après 1945, mais cette narration reste influente dans certains cercles politiques.
Les historiens contestent cette version des faits. Ils soulignent que les premiers empereurs japonais, comme Jinmu, sont des figures semi-légendaires dont l'existence réelle est difficile à prouver. Les preuves archéologiques et écrites fiables ne remontent qu'au Ve ou VIe siècle, bien après la date de 660 av. J.-C. Par exemple, le premier empereur dont l'existence est attestée par des sources chinoises est l'empereur Ōjin, qui aurait régné vers 270-310. Les débats portent donc sur la frontière entre mythe et réalité historique.
Aujourd'hui, cette question revient sur le devant de la scène en raison des débats sur la réforme de la loi de succession impériale. Certains responsables politiques, comme la sénatrice Eriko Yamatani, continuent de souligner la tradition de la famille impériale, affirmant qu'elle perpétue une lignée de plus de 26 siècles. Pourtant, cette vision est contestée par des historiens qui rappellent que la monarchie japonaise, bien que l'une des plus anciennes au monde, n'a pas toujours été aussi centralisée qu'aujourd'hui. La réforme de la loi pourrait permettre à une femme de monter sur le trône, ce qui relance les discussions sur la légitimité historique de cette dynastie.
Le shintoïsme, religion autochtone du Japon, joue un rôle clé dans cette narration. La déesse *Amaterasu*, associée au soleil, est considérée comme l'ancêtre mythique de la famille impériale. Ce lien entre religion et pouvoir a été renforcé pendant l'ère Meiji (1868-1912), lorsque l'empereur a été présenté comme une figure divine. Après la défaite de 1945, l'empereur Hirohito a renoncé à son statut divin, mais la famille impériale conserve une place symbolique forte dans la société japonaise, notamment lors d'événements nationaux comme l'ouverture du Parlement.

