748 mégatonnes de CO2 relâchées : asséchée par l'humain depuis 60 ans, la mer d'Aral est une source majeure de carbone et menace le climat
Le détournement des fleuves d’Asie centrale a presque vidé l’un des plus grands lacs du monde. Désormais exposé, son ancien fond libère bien plus que du sel et des poussières.
La mer d'Aral, autrefois l'un des quatre plus grands lacs intérieurs du monde, a perdu plus de 90 % de sa superficie depuis les années 1960. Cette disparition progressive est principalement due à l'activité humaine, notamment à l'irrigation intensive des cultures de coton dans les républiques d'Asie centrale (Kazakhstan, Ouzbékistan, Turkménistan, Tadjikistan et Kirghizistan). Les fleuves Amou-Daria et Syr-Daria, qui alimentaient autrefois la mer, ont été détournés pour irriguer des millions d'hectares de terres agricoles. Aujourd'hui, ce qui reste de la mer d'Aral est réduit à deux petits lacs isolés, l'un au nord (Kazakhstan) et l'autre au sud (Ouzbékistan), séparés par une vaste étendue de désert salé.
Depuis 60 ans, l'assèchement de la mer d'Aral a libéré 748 mégatonnes de CO2 dans l'atmosphère. Pour mettre cela en perspective, cela équivaut aux émissions annuelles de CO2 de pays comme la France ou l'Allemagne. Ce phénomène s'explique par l'exposition des fonds marins asséchés, riches en matière organique et en sels minéraux, qui se décomposent au contact de l'air. Ce processus de décomposition libère du dioxyde de carbone (CO2), un gaz à effet de serre majeur contribuant au réchauffement climatique. Les scientifiques estiment que ces émissions pourraient continuer pendant des décennies, aggravant ainsi la crise climatique.
L'assèchement de la mer d'Aral crée un cercle vicieux pour le climat. Les émissions de CO2 accélèrent le réchauffement global, ce qui peut aggraver les sécheresses dans la région. Ces sécheresses réduisent davantage le débit des fleuves Amou-Daria et Syr-Daria, accélérant encore l'assèchement de la mer. Ce phénomène illustre comment les activités humaines peuvent déclencher des mécanismes auto-entretenus, difficiles à inverser. Les experts soulignent que sans intervention urgente, la situation pourrait empirer, avec des conséquences imprévisibles pour les écosystèmes locaux et le climat mondial.
La disparition de la mer d'Aral a des conséquences dramatiques pour l'environnement et les populations locales. La salinisation des sols et des nappes phréatiques a rendu les terres agricoles stériles, forçant des millions de personnes à quitter la région. La pêche, autrefois une activité économique majeure, a presque entièrement disparu. Les tempêtes de poussière, fréquentes dans cette zone désertique, transportent des sels et des polluants sur de longues distances, affectant la santé des habitants et des écosystèmes voisins. Aujourd'hui, la région est considérée comme l'une des catastrophes écologiques les plus graves du XXe siècle.
Quelques initiatives ont été mises en place pour tenter de sauver la partie nord de la mer d'Aral, notamment au Kazakhstan. En 2005, un barrage a été construit pour retenir les eaux du fleuve Syr-Daria et permettre une remontée progressive du niveau d'eau. Ces efforts ont permis de stabiliser partiellement la partie nord, mais la partie sud reste largement asséchée. Les experts estiment que la restauration complète de la mer d'Aral est désormais impossible en raison de l'ampleur des dégâts et des ressources limitées disponibles. Les solutions envisagées se concentrent désormais sur la mitigation des impacts environnementaux et climatiques.

