La Terre va redevenir un immense supercontinent, et on n'y survivra probablement pas
Dans 200 millions d'années, les continents formeront à nouveau un seul bloc, selon les chercheurs. Quatre scénarios se dessinent, avec des conséquences différentes pour le climat et le vivant..
Il y a environ 200 millions d'années, tous les continents actuels formaient un seul bloc terrestre appelé la Pangée. Ce supercontinent, issu de la fusion de masses continentales plus anciennes, a existé pendant des dizaines de millions d'années avant de se fragmenter sous l'effet du mouvement des plaques tectoniques. Ces plaques, qui composent la croûte terrestre, se déplacent très lentement, à une vitesse comparable à celle de la pousse des ongles humains, soit environ 1,5 centimètre par an. Ce phénomène, imperceptible à l'échelle humaine, a progressivement redessiné la géographie de la Terre. La Pangée est aujourd'hui considérée comme le dernier supercontinent connu, mais les scientifiques estiment que ce processus de fusion et de séparation se répète cycliquement sur des centaines de millions d'années.
Quatre scénarios principaux décrivent comment la Terre pourrait redevenir un supercontinent dans 200 millions d'années. Le premier, Novopangea, prévoit que l'océan Atlantique continue de s'élargir tandis que le Pacifique se rétrécit, conduisant à une collision des continents actuels. Le deuxième, Pangée Proxima, imagine une forme annulaire de terres autour d'un océan central, avec un Atlantique et un océan Indien en expansion. Le troisième scénario, Aurica, suppose la fermeture simultanée de l'Atlantique et du Pacifique, tandis que l'océan Indien s'ouvrirait davantage, regroupant les continents autour de l'Équateur. Enfin, le scénario Amasia prévoit que tous les continents, sauf l'Antarctique, migrent vers le nord, créant un immense océan autour du pôle Nord. Ces modèles sont basés sur des simulations géologiques et des études publiées dans des revues scientifiques comme le Geological Magazine ou Geochemistry, Geophysics, Geosystems.
Les conséquences climatiques de ces scénarios seraient radicalement différentes. Dans le cas d'Aurica, la température moyenne pourrait augmenter de 3°C par rapport à aujourd'hui, créant des conditions proches de celles du Brésil actuel, avec des récifs coralliens et des dunes. Cependant, cette douceur relative ne garantirait pas la survie des espèces en raison de l'épuisement des ressources. À l'inverse, le scénario Amasia rendrait la Terre bien plus hostile : la concentration des terres aux pôles perturberait la circulation océanique, entraînant des zones glacées toute l'année. Selon Michael Way, physicien à la NASA, cette glace réfléchirait la chaleur vers l'espace, aggravant le froid. Ces différences illustrent à quel point la position des continents influence le climat, un phénomène appelé effet de continentalité. Les modèles climatiques utilisés pour ces projections ne prennent toutefois pas en compte des facteurs comme l'évolution de la végétation ou les émissions volcaniques.
Les scénarios de supercontinents restent très incertains, car ils reposent sur des hypothèses géologiques complexes et des données limitées. Les modèles climatiques ne peuvent pas intégrer tous les paramètres, comme l'impact du **changement climatique** actuel, la pollution des océans par le plastique ou les variations des émissions de gaz à effet de serre. Comme le souligne Michael Way, il est impossible de prédire avec précision comment ces facteurs interagiront avec les mouvements tectoniques. Malgré ces limites, les chercheurs estiment que la Terre a une capacité naturelle à se remettre des perturbations, y compris celles causées par l'activité humaine. Les études publiées, comme celle de 2021 dans *Geochemistry, Geophysics, Geosystems*, restent des outils pour explorer des possibilités, mais elles ne constituent pas des prédictions définitives.

