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Géopolitique

Entre Lula et Bolsonaro le Brésil est nettement divisé en deux

Le Grand Continent · mis à jour 3 oct.

Une grande enquête inédite de Cluster 17 révèle une élection présidentielle disputée comme jamais L’article Entre Lula et Bolsonaro le Brésil est nettement divisé en deux est apparu en premier sur Le Grand Continent..

Contexte électoral brésilien

Les Brésiliens votent le 4 octobre 2026 pour élire leur président, avec un éventuel second tour trois semaines plus tard si aucun candidat n’obtient la majorité absolue. Selon un sondage réalisé pour Le Grand Continent par Cluster17 entre le 21 et le 24 septembre 2026, les deux principaux candidats, Luiz Inácio Lula da Silva (Lula) et Flávio Bolsonaro, sont au coude-à-coude. Lula, candidat du Parti des travailleurs (PT), obtient 45,1 % des intentions de vote, tandis que Flávio Bolsonaro, fils de l’ancien président Jair Bolsonaro et candidat du Parti libéral, en recueille 40,6 %. En cas de second tour, les intentions de vote s’équilibrent presque : 50,4 % pour Lula contre 49,6 % pour Bolsonaro, soit un écart de seulement 0,8 point, inférieur aux marges d’erreur. Cette quasi-parité reflète une société brésilienne profondément divisée.

Profil des deux candidats

Lula, ancien ouvrier métallurgiste et dirigeant syndical, est une figure historique de la gauche brésilienne. Il a présidé le Brésil de 2003 à 2010, puis est revenu au pouvoir en 2023. Son programme défend un rôle central de l’État pour réduire les inégalités, avec des mesures comme la revalorisation du salaire minimum, l’investissement dans les infrastructures et une transition écologique. Flávio Bolsonaro, sénateur de Rio de Janeiro, incarne la continuité idéologique de son père, Jair Bolsonaro, ancien président inéligible. Candidat du Parti libéral, il propose un mélange de libéralisme économique, de conservatisme moral et de durcissement pénal, incluant des prisons de haute sécurité et une opposition à l’élargissement du droit à l’avortement. Ces deux candidats dominent le scrutin avec 85,7 % des intentions de vote au premier tour.

Autres candidats en lice

Les autres candidats obtiennent des scores bien inférieurs et ne peuvent pas accéder au second tour. Augusto Cury, psychiatre et écrivain, arrive en tête des petits candidats avec 4,9 % des intentions de vote. Il se présente comme une alternative à la polarisation et met en avant la santé mentale, l’éducation émotionnelle et l’équilibre budgétaire. Renan Santos, cofondateur du Mouvement Brésil libre, recueille 4,0 % des voix et défend des positions très à droite, comme des prisons inspirées du modèle salvadorien. Ronaldo Caiado (3,8 %) et Romeu Zema (1,4 %) complètent le paysage politique, avec des programmes axés sur la sécurité, les infrastructures et le libéralisme économique. Aucun de ces candidats ne dépasse les 5 % des intentions de vote.

Clivages sociaux et valeurs

La polarisation électorale au Brésil s’explique par des clivages profonds liés aux valeurs et aux systèmes d’opinions. Une étude de Cluster17 réalisée entre janvier et mai 2026 auprès de 3 546 Brésiliens a identifié 16 groupes (appelés clusters) partageant des configurations attitudinales similaires. Ces groupes se distinguent par leurs positions sur des sujets comme les droits des minorités, la religion, la sécurité, la redistribution des richesses ou l’environnement. Les préférences électorales sont fortement associées à ces systèmes de valeurs, qui évoluent peu à moyen terme. Par exemple, les électeurs favorables à une forte intervention de l’État dans l’économie et la redistribution se tournent vers Lula, tandis que ceux prônant un libéralisme économique et un conservatisme moral soutiennent Flávio Bolsonaro.

Bipolarisation historique

Le Brésil connaît une bipolarisation présidentielle marquée depuis la fin de la dictature militaire en 1985, malgré un système multipartite fragmenté. Entre 1994 et 2014, les candidats du Parti des travailleurs (PT) et du Parti de la social-démocratie brésilienne (PSDB) ont dominé les élections présidentielles, obtenant entre 70 % et 90 % des suffrages. Cependant, l’élection de 2018 a bouleversé cet équilibre en remplaçant le PSDB par Jair Bolsonaro, qui a construit une nouvelle coalition de droite. Cette bipolarisation s’est renforcée avec des clivages sociaux et territoriaux, comme l’implantation du PT auprès des catégories populaires et la progression de l’évangélisme, qui soutient davantage Bolsonaro.

Transformations religieuses et sociales

Le Brésil a connu des transformations religieuses et sociales majeures ces dernières décennies. Entre 2010 et 2022, la part des catholiques est passée de 65,1 % à 56,7 %, tandis que celle des évangéliques a augmenté de 21,6 % à 26,9 %. Cette évolution s’accompagne d’une légère sécularisation, avec une hausse des personnes sans religion (de 7,9 % à 9,3 %). Ces changements ont un impact électoral : les électeurs évangéliques soutiennent davantage Bolsonaro, à l’image de ce qui s’observe aux États-Unis avec Donald Trump. Parallèlement, les politiques redistributives des gouvernements Lula, comme le programme Bolsa Família, ont structuré un nouveau clivage électoral, renforçant l’implantation du PT auprès des populations moins favorisées.

Ce que ça pourrait changer

Les inégalités économiques restent un enjeu central au Brésil. Selon la Banque mondiale, l’indice de Gini, qui mesure les inégalités de revenus (plus il est proche de 1, plus les inégalités sont fortes), est passé de 0,58 en 2001 à 0,53 en 2013. Cette réduction des inégalités s’est accompagnée d’une forte mobilité sociale dans les années 2000 et au début des années 2010. Cependant, la polarisation actuelle reflète des visions opposées sur le rôle de l’État : Lula défend une intervention forte pour réduire les inégalités, tandis que Flávio Bolsonaro prône une réduction des dépenses publiques et un libéralisme économique. Ces différences de programme illustrent les tensions entre redistribution et austérité.

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