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Environnement

« Soleil tunisien, profits français : drôle de transition verte ! »

Reporterre · mis à jour 1 juil.

Cinq projets solaires en Tunisie ont été attribués à des multinationales, au bénéfice complet des capitaux étrangers. L'auteur de cette tribune dénonce la poursuite de politiques néocoloniales sous couvert de « transition verte ».

Projet solaire en Tunisie

En 2023, la Tunisie a lancé un projet ambitieux de production d'électricité solaire, baptisé TuNur, porté par une entreprise tunisienne nommée TuNur Limited. Ce projet vise à exporter de l'électricité produite à partir d'énergie solaire vers l'Europe, notamment vers l'Italie, via des câbles sous-marins. L'objectif est de couvrir une partie de la demande énergétique européenne tout en développant les énergies renouvelables en Tunisie. Le projet s'inscrit dans une stratégie nationale tunisienne pour diversifier son mix énergétique, encore largement dépendant des énergies fossiles. La centrale solaire prévue devrait couvrir une surface de 10 000 hectares dans le sud-ouest du pays, une région désertique bénéficiant d'un ensoleillement optimal pour la production photovoltaïque. Ce projet est présenté comme une opportunité pour la Tunisie de devenir un acteur clé de la transition énergétique en Afrique du Nord.

Rôle des investisseurs français

Les principaux investisseurs du projet TuNur sont des entreprises françaises, notamment Neoen et TotalEnergies, qui détiennent ensemble une participation majoritaire dans le capital. Neoen, spécialisée dans les énergies renouvelables, est un acteur majeur en France avec plusieurs parcs éoliens et solaires. TotalEnergies, géant pétrolier français, a récemment diversifié ses activités vers les énergies renouvelables pour s'adapter aux enjeux climatiques. Ces entreprises ont été attirées par le potentiel solaire tunisien, où les coûts de production sont bien inférieurs à ceux de l'Europe, grâce à un ensoleillement constant et des terrains disponibles à bas prix. Cependant, leur implication soulève des questions sur la répartition des bénéfices et le contrôle des ressources énergétiques tunisiennes, alors que le pays cherche à renforcer son indépendance énergétique.

Contrats et enjeux économiques

Le projet TuNur repose sur des accords commerciaux signés entre la Tunisie et l'Italie, prévoyant l'exportation de 2,5 gigawatts (GW) d'électricité solaire vers l'Europe d'ici 2025. La Tunisie bénéficierait de revenus estimés à 1,5 milliard d'euros par an grâce à ces exportations, ce qui représenterait une manne financière importante pour le pays, confronté à des difficultés économiques. Cependant, une partie significative de ces profits serait reversée aux investisseurs français, en raison de leur participation majoritaire dans le projet. Les contrats, négociés dans le cadre d'accords bilatéraux, n'ont pas été rendus publics, ce qui suscite des interrogations sur leur équité et leur transparence. Certains observateurs critiquent un modèle où les ressources naturelles tunisiennes sont exploitées par des entreprises étrangères, tandis que les retombées locales restent limitées.

Critiques et controverses

Le projet TuNur fait l'objet de critiques de la part d'associations tunisiennes et internationales, qui dénoncent un déséquilibre dans la répartition des bénéfices. Selon ces critiques, la Tunisie, bien que propriétaire des terres et des ressources, ne tirerait qu'une faible part des profits générés par l'exploitation de son soleil. Par ailleurs, des inquiétudes sont exprimées quant à l'impact environnemental du projet, notamment sur les écosystèmes désertiques et les communautés locales. Des études d'impact ont été réalisées, mais leur accès reste limité, ce qui alimente les suspicions. Enfin, certains soulignent que ce modèle de transition énergétique, où les pays du Sud fournissent des ressources aux pays du Nord, reproduit des schémas coloniaux, malgré les discours sur la coopération internationale.

Ce que ça pourrait changer

Face aux critiques, des voix en Tunisie plaident pour une révision des accords afin de mieux protéger les intérêts nationaux. Des propositions émergent pour que l'État tunisien augmente sa participation dans le capital des projets solaires ou impose des taxes sur les exportations d'électricité. Par ailleurs, des initiatives locales visent à développer des projets solaires à petite échelle, gérés par des coopératives ou des communes, afin de garantir une redistribution plus équitable des bénéfices. En Europe, certains acteurs appellent à une régulation plus stricte des importations d'énergie solaire, pour s'assurer que les pays producteurs en tirent un avantage réel. Ces débats illustrent les tensions autour de la transition énergétique, entre impératifs climatiques, souveraineté nationale et justice économique.

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