Mode, cinéma, musique, ou quand la cigarette redevient « cool »
La mode, la musique et le cinéma brandissent de nouveau des cigarettes comme accessoire glamour et rebelle..
La cigarette fait un retour remarqué dans les univers de la mode, du cinéma et de la musique, où elle est présentée comme un accessoire glamour, rebelle ou esthétique. Des célébrités comme Kylie Jenner ou Dua Lipa sont photographiées avec une cigarette, tandis que des influenceurs, regroupés sous le compte Cigfluencers sur Instagram, partagent des images de stars fumant. Cette tendance s’inscrit dans un mouvement plus large de revival des années 1990 et du début des années 2000, où la cigarette était associée à un style de vie audacieux. Aux États-Unis, les recherches du terme smoking pose (photos de personnes posant avec une cigarette) sur Pinterest ont progressé de 70 % en un an chez les 18-24 ans, selon Style Analytics, une plateforme spécialisée dans l’analyse des tendances mode.
Malgré une baisse historique du tabagisme aux États-Unis, où seulement 11 % des adultes fument (niveau le plus bas depuis 60 ans) et 3 % des jeunes (niveau le plus bas depuis 25 ans), les organisations de santé publique s’alarment d’un phénomène paradoxal. Si les chiffres ne montrent pas encore d’augmentation de la consommation réelle, la glamourisation de la cigarette dans la culture populaire pourrait encourager les jeunes à adopter ce comportement. Selon Truth Initiative, une organisation américaine de lutte contre le tabagisme, les jeunes exposés à des images de célébrités fumant ont deux à trois fois plus de risques de commencer à fumer. La cigarette reste la première cause de maladies et de décès évitables aux États-Unis, avec environ 500 000 morts par an.
Plusieurs facteurs expliquent ce retour en grâce de la cigarette. D’abord, la nostalgie des années 1990 et du début des années 2000, période où la cigarette était associée à un style cool et rebelle, influence les tendances actuelles. Des œuvres comme la série Love Story: John Kennedy Jr. & Carolyn Bessette illustrent ce phénomène, montrant Carolyn Bessette, épouse de John Fitzgerald Kennedy Jr., en train de fumer. Ensuite, la cigarette est perçue par certains jeunes comme un moyen de gérer leur anxiété, leur dépression ou leur stress, bien que la nicotine aggrave en réalité ces problèmes. Enfin, l’attention du public s’est détournée des risques liés aux cigarettes classiques, remplacées par d’autres produits comme les cigarettes électroniques, le tabac chauffé ou les sachets de nicotine.
Les politiques de prévention du tabagisme aux États-Unis connaissent des reculs récents. L’administration Trump a réduit les budgets dédiés, tandis que celle de Joe Biden a abandonné l’idée d’interdire les cigarettes mentholées, pourtant très prisées des jeunes. L’industrie du tabac dépense environ 1 million de dollars américains (1,4 million de dollars canadiens) par heure en publicité, ce qui complique la lutte contre la banalisation du tabagisme. Les organisations non gouvernementales (ONG) comme The Campaign for Tobacco-Free Kids ou Truth Initiative estiment que ces choix politiques et cette exposition médiatique risquent d’inverser les progrès réalisés depuis des décennies en matière de santé publique.
Pour contrer ce phénomène, les ONG proposent plusieurs pistes. D’abord, *débanaliser* le tabagisme en intégrant des messages d’aide au sevrage dans les œuvres de fiction, à l’image de la série *The Bear*, où le personnage principal tente d’arrêter de fumer. Ensuite, afficher sur les écrans des messages orientant vers des services d’aide, comme cela se fait déjà pour des sujets comme le suicide ou les violences sexuelles. Enfin, travailler avec les plateformes comme Instagram ou Hollywood pour limiter la promotion indirecte de la cigarette. *Jessica Rath* de *Truth Initiative* souligne l’importance de ces mesures pour éviter un retour en arrière dans la lutte contre le tabagisme, alors que les progrès en matière de santé publique restent fragiles.

