L’histoire folle de l’homme qui a construit un faux théâtre romain et fait payer les visites
En Italie, un homme a été condamné pour escroquerie après dix ans de procédure. Il a construit un faux théâtre romain et a fait payer des visites guidées pendant des années..
Franco Malosso, un Italien de 69 ans, a été condamné à 28 mois de prison par la Cour suprême italienne après une procédure judiciaire de dix ans. Son délit ? Avoir construit un faux théâtre romain sur un terrain de 5 000 mètres carrés dans le village d’Arcugnano, près de Vérone, et en avoir tiré profit en vendant des billets à 40 euros par visiteur. Selon les autorités italiennes, il a utilisé des matériaux comme le ciment, la fibre de verre et le plâtre, vieillis artificiellement avec du polystyrène pour simuler des vestiges antiques. Malosso prétendait que le site datait de l’époque néolithique, hellénistique et romaine, et affirmait même que des figures historiques comme Jules César et Cléopâtre y avaient assisté à des spectacles. Son alibi initial était qu’il avait découvert le site après un glissement de terrain.
La supercherie a été révélée en 2016 lorsque la commune d’Arcugnano a envoyé des agents de la Nucleo Tutela Patrimonio Artistico (une brigade italienne spécialisée dans la lutte contre la fraude artistique) pour inspecter le site, suite à des signalements. Leur conclusion a été sans appel : le théâtre était un faux grossier, si évident que les forces de l’ordre ont été surprises par son existence. Le lieutenant-colonel Giuseppe Marseglia, cité par CNN, a même déclaré que traiter Malosso de faussaire était une insulte aux faussaires, soulignant que son travail manquait totalement de crédibilité. Plusieurs incohérences ont été relevées, comme l’architecture incorrecte (les amphithéâtres romains ont un plan elliptique, pas circulaire), l’emplacement isolé (les théâtres antiques étaient généralement construits en périphérie des villes) et le nom du site, Amphithéâtre Berico, qui ne correspondait pas à la réalité historique.
Franco Malosso a commis plusieurs erreurs historiques majeures qui ont trahi son imposture. D’abord, il affirmait que le théâtre datait de l’époque grecque, alors que les Grecs ne se sont jamais installés dans le nord de la péninsule italienne. Ensuite, il situait le site dans une zone classée au patrimoine mondial de l’UNESCO, les collines de Berici, ce qui était incompatible avec un vestige antique authentique. Enfin, il prétendait que le théâtre était d’origine néolithique, hellénistique et romaine, une combinaison impossible car ces périodes sont chronologiquement distinctes. Jacopo Bonetto, archéologue à l’université de Padoue, a expliqué que même un bâtiment moderne construit de la même manière ne pourrait pas être confondu avec un vestige antique, car le contexte géographique et historique est déterminant. Par exemple, les théâtres antiques étaient presque toujours construits en périphérie des villes romaines, jamais en pleine campagne.
L’affaire a suscité des réactions vives dans le milieu de l’archéologie. Darius Arya, archéologue et animateur de télévision, a qualifié le projet de Malosso d’"insensé et diabolique", soulignant que même les touristes les moins avertis pouvaient repérer la supercherie. Il a également évoqué l’ironie de la situation : malgré la publicité faite autour du site, certains visiteurs ont cru à son authenticité. Cette affaire a mis en lumière les limites des contrôles locaux et la facilité avec laquelle une arnaque de cette envergure a pu perdurer pendant plusieurs années. Elle a aussi rappelé l’importance de l’expertise archéologique pour éviter de telles escroqueries, surtout dans des régions riches en patrimoine historique comme l’Italie.
La procédure judiciaire contre Franco Malosso a duré dix ans, marquée par des appels et des changements constants dans sa défense. Initialement, il a affirmé que le faux était si grossier qu’il ne pensait pas être pris au sérieux. Plus tard, il a prétendu que le prix des billets (40 euros) servait à entretenir le site. Malgré ses arguments, la Cour suprême italienne a retenu sa culpabilité et l’a condamné à 28 mois de prison, ainsi qu’à une amende de 3 000 euros et à 3 500 euros de frais de justice. Le faux théâtre, construit avec des ouvriers qualifiés et des moyens professionnels, a dû être démoli. Cette affaire illustre les défis juridiques posés par des escroqueries originales, où les motivations profondes de l’accusé restent floues.

