«Ça veut rien saouère»: le «fun» comme carburant
Pas nostalgique, Salebarbes reste fidèle à son idéologie élémentaire : tripper dans le moment, toujours à cinq !.
Salebarbes est un quintette musical originaire des Îles-de-la-Madeleine, une région du Québec à forte identité acadienne. Le groupe se compose de cinq membres : Georges Belliveau, Kevin McIntyre, Jean-François Breau, ainsi que les frères Jonathan et Éloi Painchaud. Leur style vestimentaire, marqué par des chapeaux d’un autre temps, des coupes de cheveux soignées et des costumes colorés, contraste avec leur attitude décontractée et festive. Leur quatrième album, intitulé Ça veut rien saouère, sorti en 2024, s’inscrit dans une démarche où la musique et l’amitié sont centrales. Le titre de l’album, une expression typiquement madelinienne signifiant ça ne veut rien dire, reflète leur philosophie : privilégier le plaisir immédiat et l’énergie collective plutôt que des messages complexes ou nostalgiques. Leur approche musicale mêle des influences régionales et des sonorités variées, tout en évitant les pièges de la nostalgie ou du pessimisme ambiant.
Salebarbes se positionne comme un exutoire face à un monde perçu comme morose ou anxiogène. Dans leur album, ils invitent à danser et à s’abandonner à la musique pour oublier les malheurs collectifs, comme les crises politiques ou les catastrophes naturelles. Leur chanson Aé, une interjection typiquement madelinienne, incarne cette volonté de briser les barrières et de célébrer la joie pure. Les membres du groupe insistent sur leur rôle de catalyseurs d’émotions positives, offrant un espace où la fierté est accessible sans nuire à celle des autres. Leur spectacle est décrit comme un lieu où l’électricité et la charge émotionnelle peuvent être libérées, voire symboliquement, par la destruction d’une guitare sur scène. Leur message s’adresse particulièrement aux personnes « pognées par la peur » et qui trouvent « errien d’beau », c’est-à-dire rien de beau, selon l’expression locale.
L’album Ça veut rien saouère a été enregistré en environ six mois, entre novembre 2023 et mai 2024, dans les studios B-12 à Valcourt. Il se distingue par sa durée très courte, soit 27 minutes, mais dense en énergie, comparé à un « espresso bien tassé » par Jean-François Breau. Composé de dix titres, l’album puise dans des anecdotes régionales et des expériences vécues, tout en évitant la nostalgie. Les membres du groupe, ayant chacun une carrière antérieure, soulignent l’importance de savourer l’instant présent. Leur approche artistique repose sur un équilibre entre rusticité et raffinement, comme en témoigne leur collaboration avec l’Orchestre symphonique de Montréal (OSM), où leur énergie a su s’harmoniser avec la précision technique des musiciens classiques.
En 2024, Salebarbes a collaboré avec l’Orchestre symphonique de Montréal (OSM) pour quatre concerts à guichets fermés à la Maison symphonique. Cette collaboration, dirigée par la cheffe Dina Gilbert, a permis de fusionner des univers musicaux opposés : d’un côté, l’énergie brute et festive du groupe, de l’autre, la rigueur et la technique d’un orchestre de 70 musiciens. Jonathan Painchaud compare l’OSM à une « formule 1 tunée au millième de millimètre », tout en soulignant l’humilité des musiciens classiques qui ont su honorer l’approche originale de Salebarbes. Pour le groupe, cette expérience a aussi été l’occasion de reconnaître le talent des musiciens classiques et de montrer que la rusticité peut coexister avec le raffinement. Cette collaboration marque une étape importante dans leur carrière, après leur premier album studio Gin à l’eau salée en 2021.
En juillet 2023, Salebarbes a effectué sa première tournée en Europe, notamment aux Francofolies de La Rochelle, où ils ont été invités à jouer sur la scène principale le 14 juillet, entre Gaëtan Roussel et Mika. Initialement prévu pour un spectacle dans une petite salle de 300 personnes, leur performance a suscité une telle adhésion qu’ils ont été propulsés sur la grande scène, devant un public bien plus large. Éloi Painchaud décrit cette expérience comme une « communion » et une « famille », soulignant la spontanéité et l’unanimité de l’accueil. Cette tournée européenne a permis au groupe de se faire de nombreux amis et de préparer une éventuelle implantation sur le Vieux Continent, avec l’ambition de jouer prochainement à Paris. Leur succès en France confirme leur capacité à transcender les frontières culturelles.
Salebarbes a donné plus de 200 spectacles depuis 2021 dans le cadre de leur tournée *À boire deboutte*, confirmant leur popularité au Québec. Leur prochaine tournée, prévue jusqu’à l’automne 2027, inclut des dates majeures comme le Centre Vidéotron en 2024 et la clôture des Francos de Montréal en 2025. Leur succès s’inscrit dans un contexte où les lieux de célébration collective se raréfient, face à une société saturée d’opinions et de pessimisme. Le groupe se présente comme une alternative, offrant un espace où la joie et la fierté sont gratuites et partagées sans jugement. Leur énergie sur scène, décrite comme électrique, vise à créer une expérience immersive où le public peut se libérer des contraintes du quotidien.

