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Culture

El Niño : la rédaction de France Culture décrypte un phénomène aux conséquences mondiales

France Culture - Savoirs · mis à jour il y a 3 j

Journée spéciale le lundi 12 octobre, à découvrir tout au long des rendez-vous d’information, à l’antenne et sur l’appli Radio France.

El Niño, qu'est-ce que c'est ?

El Niño est un phénomène climatique naturel qui prend naissance dans le Pacifique central. Il se caractérise par un réchauffement anormal des eaux de surface de l'océan Pacifique, près de l'équateur. Ce phénomène perturbe les courants marins et les vents dominants, ce qui modifie les régimes de pluie et de température à l'échelle mondiale. Normalement, les alizés (vents soufflant d'est en ouest dans les tropiques) poussent les eaux chaudes vers l'ouest du Pacifique, près de l'Indonésie, et permettent aux eaux froides de remonter à l'est, près des côtes sud-américaines. Lors d'un épisode El Niño, ces alizés s'affaiblissent, voire s'inversent, ce qui entraîne une redistribution des eaux chaudes et des perturbations climatiques globales. El Niño survient en moyenne tous les 2 à 7 ans et dure généralement entre 9 et 12 mois. Il est souvent suivi par un phénomène inverse, La Niña, qui produit des effets climatiques opposés.

Conséquences climatiques

Les conséquences d'El Niño varient selon les régions du monde. Certaines zones, comme l'Indonésie ou l'Australie, subissent des sécheresses prolongées, favorisant les incendies de forêt. D'autres, comme la côte ouest de l'Amérique du Sud (Pérou, Équateur), connaissent des pluies diluviennes et des inondations. En Afrique de l'Est, notamment en Tanzanie et en Somalie, El Niño peut entraîner des pluies excessives, tandis que l'Afrique australe et l'Asie du Sud-Est souffrent de déficits hydriques. En Colombie, les restrictions d'eau menacent à la fois les populations et l'agriculture. Ces bouleversements climatiques ont des répercussions économiques majeures, notamment sur les récoltes et les prix des denrées alimentaires. Par exemple, en Somalie, à Baidoa, 26 000 personnes déplacées pourraient basculer dans la famine d'ici la fin de l'année 2026 en raison des inondations et du manque de financements humanitaires.

Impact géopolitique

El Niño n'est pas seulement un phénomène météorologique : il a aussi des dimensions géopolitiques. Les déséquilibres climatiques qu'il engendre peuvent exacerber les tensions entre pays pour l'accès aux ressources, comme l'eau ou les terres arables. Par exemple, les sécheresses prolongées en Amérique latine ou en Afrique peuvent aggraver les migrations forcées et les conflits locaux. Jean-Michel Valantin, chercheur en géopolitique, souligne dans une analyse pour France Culture que ce phénomène agit comme une bombe climatique, dont les effets se propagent bien au-delà des frontières du Pacifique. Les États doivent donc anticiper ces crises pour éviter des crises humanitaires ou des instabilités politiques. L'ouvrage El Niño. Histoire et géopolitique d'une bombe climatique (2023) explore ces enjeux sous l'angle des relations internationales.

Recherches scientifiques

Pour mieux comprendre et anticiper El Niño, les scientifiques s'appuient sur des modèles climatiques et des observations en temps réel. Juliette Mignot, directrice de recherche à l'Institut de recherche pour le développement (IRD) et au laboratoire LOCEAN (Sorbonne Université/CNRS), explique dans une interview que les chercheurs mesurent l'ampleur du phénomène à l'aide de satellites, de bouées océaniques et de capteurs de température. Ces données permettent de prédire l'intensité et la durée d'un épisode El Niño, ainsi que ses impacts régionaux. Par ailleurs, des études récentes s'intéressent à l'interaction entre El Niño et d'autres systèmes climatiques, comme l'AMOC (Atlantic Meridional Overturning Circulation), un courant océanique majeur qui transporte la chaleur des tropiques vers l'Atlantique Nord. Un affaiblissement de l'AMOC pourrait aggraver les perturbations climatiques liées à El Niño, notamment en Europe et en Amérique du Nord.

Ce que ça pourrait changer

Face aux conséquences d'El Niño, les populations et les organisations humanitaires mettent en place des stratégies d'adaptation. En Tanzanie, à Morogoro, des ONG travaillent avec les communautés locales pour renforcer la résilience aux sécheresses et aux inondations. Ces actions incluent la distribution de semences résistantes à la sécheresse, la construction de systèmes d'irrigation ou encore la formation aux techniques agricoles durables. En Colombie, dans la région de Medellín, les habitants subissent des restrictions d'eau, ce qui pousse les autorités à investir dans des infrastructures de stockage et de distribution. Cependant, ces mesures restent insuffisantes dans les zones les plus vulnérables, comme la Somalie, où les camps de déplacés, comme celui de Baidoa, manquent cruellement de ressources. Les experts alertent sur l'urgence de financements supplémentaires pour éviter des crises humanitaires majeures.

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