Face à la surpopulation orbitale, le Vantablack pourrait rendre les satellites presque invisibles pour les télescopes terrestres
On compte aujourd'hui près de 14 000 satellites en orbite autour de la Terre et nos appareils peuvent de moins en moins les ignorer..
La Terre est désormais entourée de plus de 10 000 satellites actifs, un chiffre qui a explosé depuis 2020 avec l’arrivée de constellations comme Starlink de SpaceX. Ces engins, essentiels pour les communications, la navigation ou l’observation, encombrent l’orbite basse, située entre 160 et 2 000 km d’altitude. Leur concentration croissante pose un problème majeur : ils réfléchissent la lumière du Soleil, devenant visibles depuis le sol, même avec des télescopes puissants. Cette pollution lumineuse perturbe les observations astronomiques, car les satellites laissent des traînées brillantes sur les images du ciel nocturne, rendant difficile l’étude des étoiles, galaxies ou astéroïdes. Les astronomes craignent que cette situation ne s’aggrave avec le déploiement prévu de milliers de nouveaux satellites d’ici 2030.
Le Vantablack est un matériau révolutionnaire développé par la société britannique Surrey NanoSystems. Il s’agit d’un revêtement ultra-noir, capable d’absorber jusqu’à 99,965 % de la lumière incidente, un record mondial. Cette propriété exceptionnelle est due à sa structure nanométrique, composée de nanotubes de carbone verticaux qui piègent les photons. En appliquant une couche de Vantablack sur la surface des satellites, leur réflectivité serait réduite à presque zéro, les rendant quasi invisibles depuis la Terre. Ce procédé pourrait limiter les interférences avec les télescopes terrestres, tout en respectant les contraintes techniques des engins spatiaux, comme leur résistance aux variations de température ou aux rayonnements cosmiques.
Si le Vantablack semble prometteur, son utilisation sur des satellites soulève plusieurs défis. D’abord, son application nécessite une surface parfaitement lisse, ce qui n’est pas toujours le cas des structures spatiales, souvent composées de panneaux solaires ou d’antennes. Ensuite, le matériau doit résister aux conditions extrêmes de l’espace, comme les températures allant de -150 °C à +120 °C, ainsi qu’aux particules énergétiques du vent solaire. Enfin, son coût reste élevé : environ 1 000 € par mètre carré, ce qui pourrait limiter son adoption à grande échelle. Les ingénieurs travaillent donc à des alternatives, comme des peintures ou des revêtements moins chers mais tout aussi absorbants.
L’invisibilité des satellites grâce au Vantablack pourrait révolutionner l’astronomie en réduisant significativement la pollution lumineuse. Aujourd’hui, des projets comme le Large Synoptic Survey Telescope (LSST) au Chili, qui doit cartographier le ciel en haute résolution d’ici 2025, sont menacés par la prolifération des satellites. En rendant ces engins moins visibles, les astronomes pourraient retrouver une clarté proche de celle des années 1990, avant l’ère des méga-constellations. Cependant, cette solution ne résoudrait pas tous les problèmes, car d’autres sources de pollution lumineuse, comme les éclairages urbains ou les débris spatiaux, persistent.
L’adoption du Vantablack ou de ses équivalents par les agences spatiales et les entreprises privées comme SpaceX ou OneWeb n’est pas encore actée. Les régulateurs, comme l’*Union astronomique internationale* (UAI), plaident pour des solutions globales, incluant des règles de déploiement des satellites et des collaborations internationales. Par ailleurs, le Vantablack ne serait efficace que pour les télescopes optiques : les instruments observant dans d’autres longueurs d’onde, comme les radiotélescopes, resteraient perturbés. Enfin, cette technologie ne traite pas la cause première du problème, à savoir la surpopulation orbitale, mais seulement ses symptômes.

