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Cette IA de France Travail veut trier les chômeurs : elle fait craindre le pire

Presse-Citron · mis à jour il y a 16 j

France Travail planche sur une IA censée classer les chômeurs « suspects ». Un outil mis en place pour mieux cibler les contrôles..

France Travail teste une IA

France Travail, l’institution publique française chargée de l’emploi, développe actuellement un outil basé sur l’intelligence artificielle (IA) pour analyser et classer les dossiers des demandeurs d’emploi. Ce système, encore en phase de test depuis juillet 2026, vise à automatiser le ciblage des profils jugés « suspects » parmi les chômeurs. L’objectif affiché est d’améliorer l’efficacité des contrôles en évitant les biais humains, en s’appuyant uniquement sur des données objectives comme les activités déclarées, la visibilité du CV en ligne, le niveau de formation ou l’ancienneté. À ce stade, l’outil est testé sur les personnes ayant signé une rupture conventionnelle (accord entre un employeur et un salarié pour mettre fin au contrat de travail), mais son extension à l’ensemble des demandeurs d’emploi est envisagée.

26 critères pour classer les chômeurs

L’IA de France Travail utilise 26 critères précis pour évaluer chaque dossier de chômeur. Parmi ces critères figurent des éléments comme les activités professionnelles déclarées, la présence d’un CV en ligne, le niveau de formation ou encore la durée depuis laquelle la personne est inscrite comme demandeur d’emploi. À partir de cette analyse, les profils sont automatiquement répartis en deux catégories : les « suspects » et les « non-suspects ». Les premiers sont prioritaires pour les contrôles et peuvent, le cas échéant, faire l’objet de sanctions ou de radiations. France Travail justifie cette méthode par la volonté de supprimer les a priori humains et de rendre les contrôles plus objectifs. Selon l’institution, cette approche a déjà montré des résultats : 79 % des dossiers ciblés par l’IA ont donné lieu à un examen approfondi, contre 53 % avec l’ancien système aléatoire, et 64 % des contrôles ont abouti à des sanctions ou à une « redynamisation » (mesure visant à relancer la recherche d’emploi).

Risques de biais algorithmiques

Malgré les arguments avancés par France Travail, l’utilisation de cette IA soulève des inquiétudes, notamment concernant les risques de biais algorithmiques. Ces biais surviennent lorsque l’algorithme reproduit ou amplifie des inégalités existantes, par exemple en ciblant davantage les profils à faibles revenus. France Travail reconnaît ce risque et affirme avoir ajusté l’algorithme pour limiter ce phénomène. Cependant, l’association La Quadrature du Net, qui a révélé l’existence de cet outil, dénonce le manque de transparence : le code source de l’IA n’est pas public, ce qui empêche une vérification indépendante de son fonctionnement. De plus, France Travail conserve la possibilité d’ajuster manuellement le seuil à partir duquel un dossier est considéré comme « suspect », ce qui introduit une marge d’interprétation humaine dans un processus censé être automatisé.

6 millions de personnes concernées

L’outil développé par France Travail pourrait concerner plus de 6 millions de personnes inscrites comme demandeurs d’emploi en France. Cette mesure s’inscrit dans une logique de déshumanisation des processus administratifs, où l’IA remplace progressivement le jugement humain pour les contrôles et la gestion des dossiers. Ce principe n’est pas nouveau : d’autres institutions, comme la Caisse nationale des allocations familiales (CNAF), utilisent déjà des algorithmes pour automatiser certaines de leurs décisions. L’objectif affiché est d’accélérer les procédures et de réduire les coûts, mais cette automatisation soulève des questions éthiques et sociales, notamment sur l’équité et la transparence des décisions prises par des machines.

Ce que ça pourrait changer

France Travail défend l’utilisation de cette IA en mettant en avant son efficacité : selon l’institution, 79 % des dossiers ciblés par l’outil ont fait l’objet d’un contrôle approfondi, contre 53 % avec l’ancien système aléatoire, et 64 % des contrôles ont conduit à des sanctions ou à une « redynamisation ». L’institution souligne également que cette méthode permet de réduire les biais humains et d’améliorer l’objectivité des contrôles. Cependant, les critiques persistent, notamment sur le manque de transparence et les risques de biais algorithmiques. La question de la responsabilité en cas d’erreur ou d’injustice reste également en suspens, alors que l’outil pourrait être étendu à l’ensemble des demandeurs d’emploi dans les mois ou années à venir.

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