L'articulation entre procédure de concurrence et procédure pénale
Colloque organisé par l'IRDAP, Université de Bordeaux sous la direction scientifique de Marianne Villemonteix (IRDAP) et Sarah-Marie Cabon (ISCJ), maîtres de conférences HDRLire la suite....
L’article aborde l’articulation entre deux types de procédures juridiques distinctes : la procédure de concurrence et la procédure pénale. La première relève du droit de la concurrence, un domaine du droit économique qui vise à garantir un marché équitable en luttant contre les pratiques anticoncurrentielles comme les ententes illégales ou les abus de position dominante. Ces pratiques sont généralement sanctionnées par des autorités administratives, comme l’Autorité de la concurrence en France ou la Commission européenne. La procédure pénale, quant à elle, concerne les infractions sanctionnées par des peines de prison, des amendes ou des travaux d’intérêt général, et relève des tribunaux judiciaires. Ces deux procédures peuvent parfois se chevaucher, notamment lorsque des pratiques anticoncurrentielles constituent aussi des infractions pénales, comme dans les cas de cartels (ententes secrètes entre entreprises pour fixer les prix).
L’enjeu principal de l’articulation entre ces deux procédures réside dans leur complémentarité et leurs éventuels conflits. La procédure de concurrence cherche à rétablir l’équilibre du marché et à indemniser les victimes, tandis que la procédure pénale vise à punir les auteurs d’infractions et à dissuader les comportements illégaux. Par exemple, une entreprise condamnée pour entente illicite (comme un cartel) peut faire l’objet d’une amende administrative par l’Autorité de la concurrence, tout en étant poursuivie pénalement pour des faits similaires. Cette double sanction soulève des questions sur l’efficacité des systèmes juridiques, la cohérence des décisions et le respect des droits fondamentaux des entreprises. En France, ces procédures sont encadrées par le Code de commerce pour la concurrence et par le Code pénal pour les infractions.
Plusieurs acteurs clés interviennent dans ce système. L’Autorité de la concurrence, une autorité administrative indépendante, est chargée d’enquêter et de sanctionner les pratiques anticoncurrentielles. Elle peut infliger des amendes pouvant atteindre jusqu’à 10 % du chiffre d’affaires mondial des entreprises concernées. Parallèlement, le Parquet national financier (PNF) et les tribunaux judiciaires traitent les infractions pénales, comme les fraudes ou les corruptions liées aux ententes. En 2026, un colloque est organisé le 2 octobre pour discuter de l’harmonisation de ces procédures, réunissant des juristes, des magistrats et des représentants des entreprises. L’objectif est de clarifier les règles et d’éviter les contradictions entre les décisions administratives et judiciaires.
L’un des principaux défis est d’éviter les double-emplois (sanctions multiples pour les mêmes faits) et de garantir la sécurité juridique aux entreprises. Par exemple, une entreprise condamnée à une amende de 100 millions d’euros par l’Autorité de la concurrence pourrait aussi faire l’objet d’une procédure pénale, ce qui pourrait doubler sa sanction financière. Pour y remédier, des mécanismes de coordination entre les autorités administratives et judiciaires sont envisagés, comme le partage d’informations ou la mise en place de délais communs. En Europe, la Directive ECN+ (2019) encourage les États membres à renforcer la coopération entre ces institutions. En France, des réformes récentes visent à mieux articuler ces procédures, notamment via la loi Sapin II et la loi Concurence de 2023.
Des cas récents illustrent ces enjeux. En 2021, l’Autorité de la concurrence a infligé une amende de 385 millions d’euros à des entreprises du secteur des télécommunications pour entente illicite. Parallèlement, certaines de ces entreprises ont été poursuivies pénalement pour des faits similaires. Un autre exemple concerne le secteur pharmaceutique, où des laboratoires ont été condamnés pour *fixation de prix* à la fois par l’Autorité de la concurrence et par la justice pénale. Ces affaires montrent la nécessité d’une meilleure coordination pour éviter des sanctions disproportionnées et garantir une justice équitable. Le colloque du 2 octobre 2026 vise à explorer ces pistes et à proposer des solutions concrètes.

