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Environnement

Massacre à la frontière : des oiseaux protégés en Belgique et chassés en France

Reporterre · mis à jour il y a 7 j

Protégés en Belgique, chassés en France : les canards peuplant une zone humide protégée du côté belge sont abattus en masse chaque année lorsqu'ils passent la frontière. 700 manifestants ont défilé pour mettre la pression sur la France.

Contexte géographique

L’article traite d’une situation paradoxale entre deux pays voisins, la Belgique et la France, concernant la protection des oiseaux migrateurs. Le marais d’Harchies, situé à la frontière entre les deux pays, est un espace naturel partagé où des espèces d’oiseaux protégées en Belgique sont chassées en France. Ce marais, d’une superficie de 2 000 hectares, est un site classé Natura 2000, un réseau européen dédié à la protection des habitats et des espèces menacées. Les oiseaux concernés, comme le canard colvert ou le canard pilet, migrent entre ces deux pays selon les saisons, ce qui rend leur statut juridique complexe. La frontière, matérialisée par une ligne administrative, ne constitue pas une barrière écologique pour ces animaux.

Protection légale en Belgique

En Belgique, les espèces d’oiseaux migrateurs comme le canard colvert ou le canard pilet bénéficient d’une protection stricte depuis plusieurs décennies. Le pays applique la directive européenne Oiseaux de 1979, qui interdit leur chasse sauf dérogations exceptionnelles. En Wallonie, région francophone de Belgique, la chasse aux oiseaux migrateurs est globalement interdite depuis 2002, avec des périodes de chasse très limitées et encadrées. Les autorités belges justifient cette protection par la volonté de préserver la biodiversité et de respecter les engagements internationaux du pays. Cependant, cette interdiction ne s’applique pas uniformément sur tout le territoire, notamment près des frontières.

Chasse autorisée en France

En France, la chasse aux oiseaux migrateurs est autorisée dans certaines zones, y compris près de la frontière belge. Le marais d’Harchies, situé en France dans le département du Nord, est une zone de chasse active où des milliers d’oiseaux sont abattus chaque année. La France applique une réglementation moins restrictive que la Belgique, avec des périodes de chasse plus longues et des quotas plus élevés. Par exemple, la saison de chasse peut s’étendre de septembre à janvier, et le nombre de canards tués annuellement n’est pas plafonné. Cette différence de traitement entre les deux pays crée une situation absurde où des oiseaux protégés d’un côté de la frontière sont chassés de l’autre.

Conséquences écologiques

Cette disparité réglementaire a des conséquences directes sur la survie des populations d’oiseaux migrateurs. Les espèces protégées en Belgique, comme le canard pilet, voient leurs effectifs diminuer en raison de la chasse intensive en France. Selon les associations de protection de la nature, jusqu’à 50 000 canards migrateurs pourraient être tués chaque année dans le marais d’Harchies, dont une partie provient de populations protégées. Cette pression de chasse menace la stabilité écologique du marais, qui est un site crucial pour la reproduction et l’escale migratoire de nombreuses espèces. Les scientifiques soulignent que cette situation aggrave le déclin déjà observé de certaines populations d’oiseaux en Europe.

Rôle des associations

Plusieurs associations de protection de la nature, comme Ligue pour la Protection des Oiseaux (LPO) en France ou Natagora en Belgique, dénoncent cette situation et tentent de faire pression sur les autorités pour harmoniser les réglementations. Ces organisations mènent des campagnes de sensibilisation auprès du public et des décideurs politiques, tout en documentant les impacts de la chasse sur les populations d’oiseaux. Elles organisent également des patrouilles pour surveiller les zones de chasse et signaler les infractions. Cependant, leurs actions se heurtent souvent à des résistances locales, notamment de la part des chasseurs et des élus régionaux, qui défendent la tradition cynégétique française.

Réactions des autorités

Les autorités françaises et belges ont des positions divergentes sur cette question. En Belgique, les responsables politiques et les scientifiques appellent à une harmonisation des règles avec la France, voire à une interdiction totale de la chasse dans les zones frontalières. En France, le ministère de la Transition écologique a reconnu en 2021 la nécessité de mieux encadrer la chasse aux oiseaux migrateurs, mais sans remettre en cause les pratiques existantes. Les chasseurs français, représentés par des fédérations départementales, s’opposent fermement à toute restriction supplémentaire, arguant que la chasse est une activité traditionnelle et économique importante pour les territoires ruraux.

Ce que ça pourrait changer

La Commission européenne pourrait jouer un rôle clé dans la résolution de ce conflit. En 2020, elle a adressé une mise en demeure à la France pour non-respect de la directive *Oiseaux*, notamment en raison de l’autorisation de chasse aux espèces protégées. Cette procédure pourrait aboutir à des sanctions financières ou à une obligation de modifier la réglementation française. Parallèlement, des négociations sont en cours entre la France et la Belgique pour trouver un compromis, comme la création d’une zone tampon où la chasse serait interdite. Cependant, ces discussions restent au point mort en raison des divergences persistantes entre les deux pays et des pressions exercées par les lobbies de chasseurs.

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